mercredi , 28 octobre 2020
enfrit
S?il suffisait de quelques coups de feu pour dissuader les voleurs de bovidés, le phénomène aurait été jugulé depuis longtemps. Mais c?est loin d?être le cas.

Les vols de b½ufs, un phénomène difficile à comprendre

Depuis des décennies, les voleurs de zébus ont fait parler d?eux dans le monde rural malgache où vit la majorité de la population. Le phénomène de vol de bovidé est d?autant plus difficile à comprendre qu?une solution miraculeuse est du domaine de l?impossible. Le ministre de l?Intérieur, Charles Rabemananjara, officier général de gendarmerie, concède qu?une solution à court terme est difficile. Voilà donc la version d?un représentant des autorités publiques. Le phénomène, il est vrai, ne relève pas uniquement du domaine de la sécurité publique. Un autre officier supérieur a affirmé qu?avant d?envoyer les militaires chasser les « dahalo », ces bandits de grand chemin qui terrorisent les villages malgaches, il faudrait d?abord y envoyer les sociologues. Une façon de dire que les vols de bovidé relève à part entière d?un phénomène social difficile à comprendre.
Marché
Dans certains cas, le vol de b½ufs semble en effet une réponse à un besoin de consommation qui ne peut être satisfait par les marchands de zébus. Car la demande en viande de b½ufs est en augmentation dans les villes de Madagascar du fait de la croissance démographique. La capitale, Antananarivo, à titre d?exemple, consomme une centaine de b½ufs par jour. Mais paradoxalement, une frange importante des propriétaires de zébus ne pensent guère approvisionner ce marché croissant. La mise en vente des bétails est loin d?être un automatisme chez certaines tribus. Au contraire. La possession d?un troupeau est un plaisir et une tradition ne visant point à approvisionner le marché. « Je connais une personnalité qui possède 10.000 têtes de bovidés » a affirmé l?ancien chef de province de Fianarantsoa Pety Rakotoniaina. Les gens qui possèdent des milliers de zébus ne pensent toutefois pas automatiquement à satisfaire les besoins du marché. La pression de la demande provoque alors le phénomène de vol. Pety Rakotoniaina est persuadé que la quasi totalité des b½ufs consommés dans les grandes ville de Madagascar sont ainsi des b½ufs volés.
Lutte contre l?insécurité
Aujourd?hui, les autorités publiques sont sur le qui-vive. Les atrocités sont quelquefois trop flagrantes dans certaines régions de Madagascar. D?autant que le vol de b½ufs n?est plus du tout un sport traditionnel comme ce fut le cas dans la région de la population Bara où les jeunes prétendants au mariage ont été autrefois invités à procéder au vol de b½ufs afin de démontrer leur virilité. La lutte contre l?insécurité rurale devait donc être engagée. Mais il ne suffit pas de sortir les grosses artilleries. Il faut voir le fond du problème. Et la région du Menabe, à l?ouest de Madagascar, est actuellement érigé en exemple en matière de lutte contre les dahalo et l?insécurité rurale. La région a mis en ½uvre le fameux Dina de Menabe, une convention sociale qui implique l?engagement des citoyens. La population a été également mise à contribution dans la lutte grâce à la mise sur pied d?une sorte d?institution paramilitaire, les quartiers mobiles, qui collaborent avec les villageois et les forces de l?ordre pour détecter les dahalo. Le recrutement des quartiers mobiles se faisait même parfois dans le milieu des dahalo, concède le chef de Région Daniel Rakoto Jasmin. Certains représentants des autorités sont toutefois pour la manière forte et estime que la recrudescence des phénomènes dahalo est liée à la faiblesse de l?Etat.
Col blanc
Mais là où la lutte risque encore de durer longtemps, c?est dans le milieu de ceux qui détiennent les ficèles en coulisse. Le général Charles Rabemanjara a soutenu que le phénomène dahalo et celui du vol de bovidés sont l?½uvre d?une « organisation mafieuse ». Les dahalo en cols blancs sont généralement intouchables. Dans la région de Malaimbandy, dans le centre ouest de Madagascar, un jeune gendarme venait d?abattre deux dahalo armés. Après enquête, il s?est avéré que le fusil automatique utilisé par les dahalo est d?origine militaire. En haut lieu, certains officiers, affirme notre source, n?hésitent pas à armer les dahalo pour atteindre leur objectif. Après tout, certains bandits de grand chemin ne sont que des hommes de main. Les vrais coupables se trouvent souvent ailleurs. Intouchables. Par ailleurs, l?autre fait à ne pas minimiser a trait à la politique politicienne. Le ministre de l?Intérieur à également annoncé que dans certains cas, c?est dans une visée politique que le phénomène de vol de bovidé est provoqué. Cela permettrait en effet de démontrer facilement l?incapacité des autorités publiques à résoudre les problèmes de l?insécurité que vit la population.