lundi , 15 juillet 2024
enfrit
Des mutins associés à un coup d’Etat, l’image de l’armée malagasy a pris un sérieux coup. Pour y remédier, une véritable propagande est orchestrée sur le thème de l’unité et du patriotisme face à des éventuels envahisseurs.

De l’agitation au sein de l’armée, la quête de la légitimité

Le chef de l’Etat-Major général de l’armée qui a été chef des mutins est maintenu à son poste. Le colonel Ndriarijaona continue donc à commander ses supérieurs. « Il n’y a pas de scission dans l’armée, il y a juste des errements en raison d’une divergence d’idées » affirme-t-il. En effet, une partie de l’armée n’a pas encore rallié la cause des anciens mutins.

Le jeune CEMGAM essaie tant bien que mal de contenir les hommes dans les casernes et ordonne la poursuite des légalistes déserteurs. Par précaution, les armes de certains corps militaires ont été regroupées au camp de la CAPSAT. Le colonel Ndriarijaona sera sous les ordres de l’un des ses premiers alliers lors de la mutinerie en la personne du colonel Noël Rakotonandrasana qui a été nommé ministre de la Défense, presque à l’étonnement général ! Comme les politiques, la grande famille de l’armée veut organiser sa réconciliation nationale. Un « verre de l’amitié » a déjà été partagé mais cela n’a pas suffi.

La propagande autour d’une éventuelle intervention des armées de la SADC ou de l’Union Africaine permet aussi de redorer le blason d’une armée prêt à défendre le pays contre des envahisseurs. Les autorités de la transition se plaisent à démentir une rumeur qu’elles alimentent elles-mêmes. Les banderoles affichées par les manifestants légalistes demandant une intervention internationale ne signifient pas que cela se fera aussitôt. Le gouvernement de Roindefo a-t-il trop redouté que le président Ravalomanana n’arrive à convaincre ces instances internationales.

Des jeux de guerre, du cinéma et parfois une dure réalité, les éléments de l’armée sont en hyper activité à Antananarivo. Toute cette agitation transformée maladroitement en action de communication inquiète plus que ne rassure. A Imerikasinina, soldats, gendarmes et policiers ont fait une descente spectaculaire pour « débusquer » le parc à voitures de l’entreprise Alma appartenant à Marc Ravalomanana. Devant les caméras, les acteurs ont plutôt bien joué leur rôle.

A l’hôtel Carlton, l’incursion d’un commando armé des incontournables kalachnikovs a alerté l’opinion sur une tentative avortée d’une arrestation de Manandafy Rakotonirina. Le premier ministre nommé par Marc Ravalomanana y était en discussion avec des diplomates étrangers. L’explication du chef de l’Etat Major, le Colonel Ndriarijaona n’a pas manqué de surprendre : ils étaient là pour arrêter des déserteurs qui sont des anciens gardes présidentiels.

Des tentatives d’arrestation d’un général par des officiers subalternes, un comité d’accueil spécial prêt à accueillir le président Marc Ravalomanana, une opération commando par des éléments cagoulés pour confisquer les émetteurs des radios et télévision pro-légalistes… les opérations militaires se multiplient. Le scénario de la répression des manifestations ressemble plus à des opérations commandos qu’à une mission de maintien de l’ordre.

Même si de nombreux mMalgaches prétendent que la Grande Ile n’est pas l’Afrique, les scènes qui se sont déroulées à Anosy les désavouent : des militaires armées à bord de 4×4 pick-up, des éléments vêtus de tenue de combat et sans équipements antiémeutes, des hommes en tenue civile et armés de fusil d’assaut donnant des ordres aux militaires en tenue… Les anciens mutins semblent être prêts à tout pour empêcher le retour de la « légalité » qui fera d’eux des hors-la-loi.