dimanche , 29 janvier 2023
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Deux semaines après les affrontements entre les forces de l’ordre et les "dahalo" qui sèment la terreur à Amboasary Sud, aucune arrestation n’a été faite. Les présumés otages, des villageois et les corps sans vie de gendarmes non rendus par les bandits n’ont pu être récupérés. Des doutes se lèvent quant à la gestion des autorités politiques et militaires de cette crise. La crédibilité du régime HAT et de son armée est engagée.

Opération Remenabila : l’armée sous pression

Au début de l’opération, le premier ministre et le ministre de la Défense ont fait le déplacement dans le sud pour rassurer la population. Après que nombreux habitants ont fui leur village, une crise sociale est à craindre. Omer Beriziky et le général Rakotoharimasy ont prôné le dialogue avec les dahalo, espérant même la reddition de ceux-ci et la libération des otages. Ce qui n’a pas manqué de provoquer la grogne dans les rangs des militaires qui ne comprenaient pas la nécessité de négocier avec ceux qui ont assassiné leurs frères d’armes.

« Il faut arrêter Remenabila par tous les moyens, si possible vivant pour le remettre aux mains de la justice » a déclaré le Secrétaire d’Etat à la Gendarmerie qui semblait plus motivé. Le général Randrianazara avait déjà fait part de la stratégie classique qui consiste à encercler l’ennemi. Ce qui n’a pas l’air de se passer pour le terrain.

Le premier mouvement de troupes ne menait qu’à un village déserté après avoir été assiégé. Des critiques s’élèvent sur la manière de mener l’opération. « Si on ne fait que suivre leurs traces, on ne va pas réussir à les arrêter, ce qu’il faut c’est les encercler par trois voire quatre côtés avant de les attaquer », s’agace le général retraité Désiré Ramakavelo. 

La troupe qui est engagée dans cette opération dans le sud utilise en appui un hélicoptère et un petit avion de reconnaissance. Localisés dans un petit village à Esira, les bandits se sont volatilisés avec les centaines de zébus volés ainsi que des villageois qui seraient retenus en otage. L’armée régulière a fait choux blancs. Le délai entre le repérage et l’arrivée sur les lieux donne à l’ennemi le temps de déguerpir malgré l’importance de son convoi et l’absence de moyen de locomotion. Les corps sans vie des gendarmes et militaires tués une semaine plus tôt restent introuvables.

La capacité des forces malgaches , armée et gendarmerie, à venir à bout de la milice est remise en cause. Pour le ministre de l’Intérieur, tenter de négocier avec les daholo est une erreur . « Comment veut-on négocier avec ceux qui ont tué les nôtres, il faut tuer par le sabre celui qui a tué par le sabre », dit Florent Rakotoarisoa. « On va essayer de les arrêter pour les remettre à la justice, mais à la moindre résistance, il ne faut pas hésiter à les tuer », a-t-il à peine relativisé.

Les politiciens mettent la pression sur l’armée. Les opposants parlent de vraie mission pour des militaires et des gendarmes utilisés pour réprimer les manifestations politiques. Dans le rang des proches du pouvoir, le discours est autre. « Si on n’arrive pas à vaincre et neutraliser la bande à Remenabila, cela veut dire que le régime est faible », prévient Eugène Voninahitsy, membre du Congrès de la Transition.

L’idée d’une aide-militaire française revient au centre du débat. « Nous devons solliciter l’aide de la France, car elle est prête à nous aider, ne serait-ce que pour l’envoi d’un hélicoptère approprié à une telle opération », martèle le ministre de l’Intérieur. Le ministre de la Défense campe sur sa position. « C’est hors de question, c’est une question de souveraineté nationale ».

« Les éléments envoyés pour combattre Remenabila sont armés d’un armement normal », a souligné le SE de la Gendarmerie. Pas d’hélicoptère avec mitraillette, pas de blindé léger. La possible présence de civils auprès de l’ennemie rend compliquée une attaque aux mortiers. Finalement, ce sera un combat au kalachnikov à moins que l’armée ne cherche à endormir les dahalo. Remenabila a en effet l’avantage du terrain dans cette guérilla.

Cet homme d’une soixantaine d’années qui a naturellement fait de la prison est à la tête d’une petite armée de malfaiteurs. Il aurait 300 hommes sous son commandement direct alors que les dahalo qui sévissent dans la zone sont estimés à un millier. Remenabila est le stratège des attaques mais n’y participe pas, laissant ses lieutenants mener les assauts contre les villages pour s’emparer des zébus.