mercredi , 10 août 2022
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La Grande Ile perd des millions de dollars pour préserver, à travers la protection des aires protégées, l'environnement naturel du pays. La population, elle, peut, soit en tirer, d'une façon ou d'une autre, des bénéfices, soit être contrainte de changer d'habitude.

Aires protégées et lutte contre la pauvreté : le débat est amorcé

Démontrer que la somme faramineuse versée, depuis des décennies, à Madagascar pour la protection de l’environnement ne ressemble point à de l’argent jeté par la fenêtre! C’est à cet exercice délicat que des agents du bureau de la représentation de la Banque mondiale à Madagascar se sont donnés le 3 avril. Car, en ce temps, techniciens et spécialistes, ainsi que financiers, s’arrachent les cheveux dans le cadre de la préparation de la troisième phase du Programme Environnement du gouvernement malgache, un programme connu sous le sigle PE 3 et qui s’inscrit dans le cadre du Plan national d’action environnemental (PNAE) mis en ½uvre depuis 1991.

Pour pouvoir trancher sur la question épineuse de la protection de l’environnement, à vrai dire, il faudra, comme disent les économistes, comparer les bénéfices. Pour ce faire, Jean Christophe Carret de la représentation de la Banque mondiale à Antananarivo devait prendre l’exemple du parc national de la Montagne d’Ambre, au nord de Madagascar. La gestion de ce parc national, depuis 15 ans, affirme-t-il, a coûté quelque $ 617.000. Les actions de protection de l’environnement, au sein du parc de la Montagne d’Ambre, avait en outre engendré, surtout du côté d’une frange de la population qui y exploitait directement les ressources naturelles,  une perte de bénéfices d’environ $ 554.000. Mais, pour la même période, les bénéfices du tourisme de nature seraient évaluées à $ 4.800.000. Une exploitation qui, en comparant les chiffres, en vaudrait donc la chandelle.


Cela, cependant, n’empêche pas les commentaires négatifs sur la gestion des aires protégées à Madagascar. Ils datent, tous, de plusieurs années. D’abord que la conservation de la biodiversité, au niveau des aires protégées, engendrerait des pertes de revenus importantes pour les populations riveraines. Lesquelles vivent, notamment, de cueillette, de charbon de bois et d’agriculture sur brûlis. Ensuite, que les aires protégées auraient juste favoriser le bien-être de quelques riches philanthropes et touristes étrangers. A ces allégations, les spécialistes opposent l’argument des bénéfices tirés par les populations travaillant en aval des aires protégées. Au moins 500.000 ménages y vivent en effet. Ce sont essentiellement des agriculteurs dont les terres sont continuellement arrosées par des eaux qui prennent source au niveau des aires protégées.


Le PE 3, de son côté, vise loin. Plus de 800.000 ménages, vivant en aval des aires protégées, sont concernés par la protection de la biodiversité. Ils travaillent sur 600.000 hectares de périmètres irrigués. Sans une gestion rationnelle de l’environnement, donc des aires protégées, ces ménages se trouveront, tôt ou tard, dans une situation plus que délicate. En raison, notamment, du risque important de la sédimentation des terres. La mise en ½uvre du PE 3 nécessite toutefois un financement attendu de la Banque mondiale. Un financement qui se chiffre au moins à $ 150.000.000 sur cinq ans.


Les 46 aires protégées de Madagascar, même si elles coûtent autant d’argent, ne représentent pourtant que 3% de la superficie forestière du pays. Ces aires protégées sont catégorisées en parcs nationaux (18), en réserves naturelles intégrales (5) et en réserves spéciales (23). Mais, jusqu’à présent, 10 aires protégées seulement sont significativement visitées par les touristes. Et l’association nationale pour la gestion des aires protégées (ANGAP), pour diverses raisons, n’arrive pas encore à s’autofinancer.