mercredi , 10 août 2022
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Le bonsaï? Un art, une passion, non seulement en Orient où il est né, mais également à Madagascar. Monsieur Alain RAKOTOSAMIMANANA, de Merimanjaka, une petite localité située au sud d'Antananarivo, en est la preuve vivante.

Alain partage sa passion du bonsai

 D’où vient le mot « bonsaï », et que signifie-t-il?


Bonsaï est un mot japonais. C’est un art qui a plusieurs centaines d’années derrière lui, et en vérité, ce sont les Chinois qui l’ont pratiqué les premiers. Le mot chinois est » ten-tsaï » et il a pratiquement le même sens que bonsaï : arbre dans un pot.


 Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à faire du bonsaï?


(Soupir, et sourires) C’est une très, très longue histoire? Ca a commencé dans les années 70, quand j’étais étudiant en France. Un chercheur  retraité de l’ORSTOM organisait une exposition de bonsaïs à la Porte de Versailles, et il en vendait un pied à 12 000 FF !!! Cela m’a vraiment frappé, d’autant plus qu’en ces temps-là, il y avait beaucoup de problèmes de devises à Madagascar. Disons que c’était d’abord ce côté « pécuniaire » qui a été le déclic, car, n’étant ni chercheur, ni botaniste, je ne devais pas m’y intéresser, a priori. Mais plus tard, en rentrant au pays, j’ai rapporté des livres sur le bonsaï et depuis, c’est devenu une vraie passion.


 Comment obtient-on un bonsaï?


C’est très simple, d’après la définition que je vous ai donné au début : arbre dans un pot. On prend donc un arbre qu’on met dans un pot!
Mais comme c’est un art, il y a des théories de base à respecter, théories établies par les Chinois et les Japonais. Je vais vous les donner: d’abord, le pot doit être plat ; la taille et le volume de votre arbre seront proportionnels au pot que vous prenez. (Et il ne faut pas oublier de pratiquer un trou au fond pour laisser passer le trop-plein d’eau). Vous savez, des Européens ont  réussi à faire pousser des bonsaïs dans des dés à coudre!
Vous pouvez ensemencer une graine dans votre pot, et là, il faut être vraiment très patient.Ou bien, vous achetez un jeune plant chez le pépiniériste, ou encore, vous prenez une bouture. N’importe quel arbre peut convenir, mais si vous voulez obtenir une fleur de petite taille -une rose ou une azalée, par exemple- vous pouvez utiliser les théories du bonsaï. L’engrais n’est pas nécessaire, mais la terre doit toujours être humide. Il faut donc un arrosage quotidien.
Vous changez la terre tous les ans et couper à ce moment-là les racines qui dépassent.
Pour avoir la forme que vous voulez, vous utilisez du fil de fer que vous enlevez quand la branche pourra tenir toute seule.
Un bonsaï peut avoir de 20 cm à 1m de hauteur, mais on ne peut vraiment appeler bonsaï qu’un arbre ayant au moins 8 ans.
Ce qui est intéressant, c’est que si vous plantez un bonsaï dans la terre, il reprend sa taille normale, avec un peu de retard, bien sûr! Et de même, une graine prélevée sur un bonsaï, plantée en terre, donne un arbre de taille normale.


 Est-ce que la pratique du bonsaï requiert des qualités ou des aptitudes particulières ?


Je l’ai dit au début, le bonsaï fait partie de la culture orientale.Et en ce sens, il faut avoir une certaine disposition d’esprit si on veut s’y adonner.
Il est dit que l’homme doit régner sur la nature, mais pas n’importe comment! Et ça, c’est déjà une aptitude à avoir. En plus, il faut beaucoup de patience, et -ce qui est le plus important- de l’amour(rires). Si vous avez cet amour en vous, la volonté de réussir viendra tout seul!


  Savez-vous combien de personnes pratiquent le bonsaï à Antananarivo? A Madagascar? Est-ce que vous faites partie d’une association?


A Antananarivo, et en l’occurrence à Madagascar, je suis le premier à pratiquer le bonsaï. Et -je le dis haut et fort- actuellement, je suis pratiquement le seul à le faire de façon formelle, c’est-à-dire, à payer des impôts une patente, etc? Et, il y a ceux qui sont dans l’informel -qu’on peut compter sur les doigts d’une main- qui forment une association et qui organisent de grandes expositions. Quant à moi, je fais partie de l’association « Main Verte » qui, elle, est tout ce qu’il y a de formelle.


 Avez-vous des relations avec les « bonsaïstes » de l’étranger?


Oui, j’en  ai, mais de façon informelle, cette fois-ci! Tout simplement parce que, à Madagascar, la situation est « hors norme »,   c’est-à-dire que nous avons une façon encore très rudimentaire, pour ne pas dire laxiste, de traiter notre flore. A l’étranger les réglementations au sujet des analyses bactériologiques du sol ou de l’empaquetage des plantes, par exemple, sont très rigoureuses, si on veut faire des échanges ou des exportations. Ça commence à venir, peut-être lentement,  mais c’est en train de prendre forme, en tout cas!


 Le mot de la fin?


Pour conclure? Eh bien, le bonsaï est un art, où l’utile rejoint l’agréable, et j’espère qu’il aura à Madagascar- et dans le monde- au moins autant d’adeptes que le judo, le karaté ou le yoga!