lundi , 8 août 2022
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Après avoir tenté une collaboration avec le régime de transition, l’Alliance Voahary Gasy regroupant les associations écologistes ou opérant dans des projets de protection de l’environnement à Madagascar durcit sa position. Elle porte plainte contre l’Etat pour dénoncer la reprise exceptionnelle d’exportation de bois précieux bruts et semi-travaillés.

Exportation de bois précieux : Voahary Gasy porte plainte contre l’Etat

Le cri d’alarme des écologistes a été entendu mais les choses n’ont pas changé. L’Alliance Voahary Gasy se constitue partie civile et porte l’affaire au tribunal. Au banc des accusés, l’Etat. Le contexte politique n’est pas étranger à cette décision radicale après que des pourparlers aient été entrepris entre les deux parties. Le gouvernement de transition du temps de la HAT a beau se vanter de  l’efficacité du Task Force chargé de lutter contre les trafics de bois précieux. Pour les associations et organismes œuvrant dans la protection de l’environnement, le premier fautif est l’Etat qui a ouvert la faille par un arrêté interministériel. Voahary Gasy demande l’annulation de l’arrêté N°38244/2009 et exige l’application d’un moratoire. 

Du fautif au coupable, il y a un pas. Le tribunal administratif doit statuer sur la légalité et la légitimité de l’arrêté pris par plusieurs départements ministériels du gouvernement Roindefo et autorisant de manière exceptionnel l’exportation de bois précieux bruts et semi-travaillés. L’affaire est juteuse mais rapporte peu à l’Etat. Selon Voahary Gasy, seuls quelques opérateurs privilégiés tirent profit de cette décision controversée. L’intention n’était pas tout à fait mauvaise puisque la mesure devait permettre de vendre à l’extérieur des bois déjà coupés et qui sont en stock. L’ouverture de l’exportation a favorisé les coupes illicites en particulier de bois de rose. Dans les forêts primaires de Madagascar, l’hémorragie est grave.

L’arrêté N°38244/2009 du 21 septembre 2009 a été pris conjointement par les  ministères de l’Environnement, des Finances et du Commerce, portant agrément d’exportation à titre exceptionnel des bois précieux à l’état brut ou semi-travaillé. L’opérateur paie une redevance de Ar 72 millions par conteneur. L’opération est à première vue politiquement correcte puisque, de cette redevance, Ar 12 millions sont versés à l’ADEF (Action contre la Dégradation de l’Environnement et des Forêts) et les Ar 50 millions restants au Trésor public. Cette liquidation de stock est limitée dans le temps, jusqu’au 30 novembre 2009, et en quantité, soit 25 conteneurs par opérateur.

Les 325 conteneurs passés à la douane donnent une idée de la quantité de bois précieux coupés. Ces cargaisons a priori irrégulières sans la mesure exceptionnelle sont frappées de la redevance de 72 millions d’ariary par conteneur. Cumulés aux droits de douanes et taxes à 5% du prix FOB, ajoutés à la redevance de collecte de 500 ar/kg,  la recette est importante. Voahary Gasy estime à environ 900 conteneurs la quantité de bois précieux susceptibles de profiter de l’arrêté interministériel pour être exportés. Les écologistes dénoncent cet argent facile, soupçonnant l’Etat d’avoir ouvert l’exportation de bois précieux pour renflouer ses caisses. Or, celui-ci y perd plus qu’il ne gagne affirme Voahary Gasy.

Une exploitation légale et contrôlée à raison de deux bois précieux par hectare, avec des rondins réglementaires de plus de 37 cm de diamètres,  rapporterait à l’Etat 50 millions de dollars de redevance sur un chiffre d’affaires à l’exportation de 250 millions de dollars. Le stock illicite prévu être liquidé dans le cadre de la mesure exceptionnel devrait rapporter un peu plus de 40 millions de dollars de redevances et taxes. L’opération économique est certes intéressante mais le prix à payer sur le plan environnemental est très cher aux yeux des écologistes. Il faut une soixantaine d’années pour régénérer un arbre de bois précieux.