mercredi , 10 août 2022
enfrit
Une brève entrevue avec l'homme pressé Rajaofetra Guy, alias Xhi, lors de son exposition au CCAC, placée sous le signe de l'âme.

Peinture – âme – et caricature

Dès le premier abord, Diadiorasalama (autre pseudo de Xhi), prévient qu’il va falloir être bref : les rencontres qu’il aura encore à faire avec son public sont nombreuses. Je lui explique que mon article se fera en français. Soulagé, il me dit : « je vous expliquerai plus tard que la langue française est dérivée du malgache. Le français est en fait la dernière métamorphose du malgache ». Xhi avait en effet effectué, depuis les années 70, des études profondes tendant à démontrer ces dires ; il a ainsi allié la kabbale avec différentes études étymologiques et phonétiques pour apporter ses preuves souvent frappantes, quelquefois difficiles à admettre, des fois trop faciles. Et sur sa lancée, passant du coq à l’âne, il m’explique l’objet de son expo.
C’est l’âme qui est l’homme



C’est pour expliquer ce proverbe malgache que Xhi et sa femme M’aa ont intitulé leur exposition « Ny Fanahin’Imerina »,ou l’âme de l’Imerina, démontrée à travers « les évènements rituels qui mettent en jeu le Fanahy. Il y a différentes occasions, différents moments où l’âme ne peut que se manifester. On veut montrer que l’équation gasy ny fanahy no olona (c’est l’âme qui est l’homme) – et le corps appartient à Dieu – est contraire à l’équation biblique contenue dans la Genèse selon laquelle l’homme n’est que chair et os. C’est cette équation qui explique la particularité des malgaches. Un religieux qui a visité cet exposition a été fasciné par cette philosophie malgache. »


Soudain, il interromp son explication, se lève d’un bond pour accueillir à la porte un ami européen.



Une exposition particulière


Les tableaux que le couple a exposé sont d’un style naïf et vivement colorés. Certains parmi la trentaine font déjà partie d’une collection privée. La majorité de ces peintures retrace l’activité quotidienne du malgache (des femmes qui pilent le riz ou qui puisent de l’eau), les traditions malgaches (circoncision, kabary), les jeux (fanorona, combat de coq et afindrafindrao) ? ces chefs-d’½uvre ont tous un prix exprimé en euro, généralement plusieurs centaines. La particularité de l’exposition ? non seulement les tableaux démontrent la manifestation de l’âme, ils sont aussi exposés pour transmettre au visiteur une certaine vibration ? à condition de les regarder dans le bon sens, c’est-à-dire dans l’ordre et dans le sens des aiguilles d’une montre ?



Une conception originale de la caricature



L’expo en général est destiné à la promotion d’un livre : « Imerina sy ny maha izy azy » ou la personnalité de l’Imerina, vendu à 50.000 francs l’unité, soit environ 8 euros, poursuit Xhi, libéré par son ami, et qui m’invite à me rasseoir. Il m’explique que la philosophie qu’il a véhiculé jusqu’alors n’a pas changé. Il a prôné et continue de promouvoir la malgachéité, « ny maha izy azy ny gasy sy Imerina », le sujet de son livre justement. Il poursuit : « dans le livre, on essaie de démontrer entre autre sujet que c’est Madagascar qui est la source de la religiosité mondiale ».


Avant que je ne puisse lui demander de plus amples détails, Xhi se lève à nouveau d’un bond pour interpeller M.X, un touriste en train d’apprécier les peintures. Xhi lui montre d’abord la liste des tableaux en insistant sur les prix. Visiblement pas disposé à acheter, l’artiste lui explique sa conception particulière de la caricature : « laissez-moi faire la transcription de votre âme en moins d’une minute. Si je le fais comme d’autres le font en plus d’une minute, la caricature ne pourra pas refléter l’essentiel ». Xhi lui montre une caricature qu’il a réalisée auparavant. Sans son explication, le dessin ressemblerait pour le profane à un vulgaire visage croqué au feutre bleu et couché sur une feuille blanche. « Votre conception de la caricature me fait peur », réplique gentiment M.X. Et à Xhi de rétorquer : « ce n’est qu’une conception différente de celle que l’on a d’habitude, et ça ne vous coûtera que 5.000 francs ? ». Finalement, M.X accepte de jouer au jeu, bien qu’assez peu convaincu.


Sacré Xhi.