jeudi , 9 décembre 2021
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Peur sur Ambatovy, les projets miniers face à la crise
Usine du Projet Ambatovy

Peur sur Ambatovy, les projets miniers face à la crise

Pour le moment, la richesse du sous-sol de la Grande Ile n’arrive pas à attirer les investisseurs ni à pousser ceux qui sont déjà présents à débloquer des centaines de millions de dollars. Le contexte n’est pas totalement favorable avec des prix imprévisibles et à forte tendance à la baisse. La situation d’Ambatovy effraie les compagnies seniors. Sheritt et ses associés ont décidé d’investir quand le prix du nickel était largement au-dessus de 20 000 dollars la tonne, après une pointe à presque 50 000 dollars.

10 ans plus tard, le cours sur le marché a dégringolé et est passé au-dessous des 10 000 dollars. Le plus grand projet minier de Madagascar est tout simplement menacé de banqueroute. « C’est une éventualité qu’il faut considérer. En Australie, ils sont plusieurs à avoir cessé leurs activités », explique un responsable d’Ambatovy. Cela fait 2 ans que la situation est compliquée. Une première fois, la compagnie a décidé d’injecter de l’argent pour maintenir en vie son activité. Après, elle a dû baisser de manière drastique ses coûts.

La grève des salariés à la mine a certes eu un impact sur la gestion de l’entreprise, mais elle n’a pas été la principale raison des difficultés qui ont conduit à la suppression d’emplois et de contrats de sous-traitance. Le prix du nickel était descendu à 50% de celui avec lequel la compagnie espérait obtenir un retour sur investissement. Cette situation est aussi l’effet de la diminution de la demande, effet du ralentissement de l’industrie et de la consommation dans les pays développés après la crise financière de 2008, conjuguée avec une augmentation de l’offre.

Réduire les coûts au maximum

La stratégie dans de pareils cas, c’est de compresser les postes de dépenses, dont la masse salariale, en économisant sur ce qui est administratif ou qui n’est pas vital à l’activité, explique un cadre d’Ambatovy. « On ne peut pas faire un compromis avec la maintenance dans le domaine industriel, car on saborderait notre avenir », dit-il. En tout cas, trouver des financements supplémentaires pour maintenir à flot l’activité ne semble pas une option. C’est l’opération survie jusqu’à ce que le contexte s’améliore.

Cette situation compromet évidemment l’impact du projet sur l’économie. Les sous-traitants et les prestataires voient leur chiffre d’affaires péricliter. Un opérateur téléphonique va perdre un marché de flotte d’entreprise d’une valeur de 2,5 milliards d’ariary/an. Pour un investissement à 7 milliards de dollars, l’inquiétude est légitime d’autant que la rentabilité se fait attendre. Ambatovy choisit de produire au maximum de sa capacité actuelle malgré un prix très bas. La firme a besoin de liquidités.

La situation de crise liée à la chute des prix, QMM, l’autre grand projet minier du pays la vit depuis plus d’un an. La situation est différente puisqu’il n’y a pas de transformation à Madagascar, la compagnie exportant du « sable noir ». Rio Tinto peut donc suspendre la livraison auprès de l’usine au Canada si elle estime qu’il vaut mieux ne pas vendre sur un marché défavorable. Le montant des investissements n’est pas aussi élevé que pour Sheritt, ce qui donne plus de liberté d’action ou d’inaction face à la crise.

A. Herizo