mercredi , 10 août 2022
enfrit
Les bailleurs de fonds qui ont investi dans la protection de l’environnement à Madagascar pourraient prendre des mesures, voire des sanctions suite au pillage en règle des forêts primaires et aires protégées. Ils ont tenu à voir les choses par eux-mêmes. Le rapport est accablant pour le gouvernement de transition, coupable d’avoir ouvert la brèche par un arrêté interministériel autorisant de manière exceptionnelle l’exportation de bois précieux.

Trafics de bois précieux : les bailleurs de fonds mettent la pression sur les autorités de fait

La mise en place d’un task force, dont les autorités de la transition louent l’efficacité ne serait que l’arbre qui cache la forêt. Après avoir dénoncé la recrudescence des pillages des parcs nationaux et des aires protégées de Madagascar, les bailleurs de fonds ont envoyé une mission pour constater le dégât en survolant le Parc Masoala par hélicoptère. Le constat est effarant : le volume de bois coupés est évalué à un millier de conteneurs. La mission a révélé la présence de nombreux campements de bûcherons dans le parc. Constater de visu a été la meilleure réponse au refus de la HAT et de son gouvernement de reconnaître la profusion d’exploitation illicite des forêts et la coupe de bois précieux destinés à l’exportation. Les autorités de fait risquent au moins une condamnation internationale et pourrait faire l’objet de sanctions concrètes.

« Les coupes illicites de bois précieux continuent et la situation soit loin d’être maîtrisée », regrettent les pays et organismes bailleurs de fonds très actifs dans le domaine de l’environnement. La situation s’est aggravée même si un précédent rapport commandé par les autorités malgaches auprès de Global Witness et restitué en novembre 2009 avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Depuis, des informations sur l’implication de quelques autorités haut placées du régime de transition ont circulé sans qu’il n’y ait suite. Les partenaires de Madagascar, dont les États-Unis, Norvège, République fédérale d’Allemagne, la Banque mondiale, l’Union européenne et la France « recommandent un arrêt du système d’exception répété ».

Les bailleurs des projets environnementaux préconisent cette mesure radicale en attendant que « toutes les parties concernées par ce sujet aient une meilleure compréhension de la situation et des moyens à mettre en place pour y remédier ». Ils ne reconnaissent aucunement l’efficacité du task force mis en place par les ministères concernés par le fameux arrêté interministériel. Malgré quelques coups d’éclat et coups de filet, le fond du problème est le même : l’autorisation exceptionnelle accordée par le gouvernement de transition à quelques opérateurs n’a fait que développer et encourager la coupe et l’exportation illicite de bois précieux. Le task force prétend en effet avoir maîtrisé ces pillages dans les parcs nationaux et contrôlé les trafics de bois de rose.

L’Alliance Voahary Gasy qui regroupe les associations œuvrant dans la protection de l’environnement a toujours dénoncé avec une relative impuissance « l’arrêté illégal » qui autorise l’exportation de bois précieux. Le contexte de cette autorisation exceptionnelle a été largement dépassé par la réalité sur le terrain. Selon l’Alliance, seulement 13 opérateurs disposant de stocks de bois précieux devaient bénéficier du sésame de la HAT. Ils sont finalement 32 à en avoir profité. De même, le volume de ce stock disponible n’a jamais été fixé. Voahary Gasy estime qu’il devait être de 325 conteneurs au départ alors que la quantité exportée aurait déjà atteint les 1500 conteneurs. L’alliance constate que toute mesure exceptionnelle favorise l’exploitation illicite. Les trafiquants en profitent pour couper et constituer des stocks qui seront légalisés après.