mardi , 9 août 2022
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Le TGV, l’artiste et DJ est de retour et le sera encore plus en 2018. Andry Rajoelina a annoncé d’une manière spectaculaire à Toamasina qu’il sera candidat à la présidentielle dans 5 ans, prétendant avoir fait un sacrifice pour s’abstenir de participer à une élection qu’il aurait gagnée « au premier tour en 2013 ». Le chef de la transition a profité de cette campagne de propagande déjà programmée pour tenir un discours populiste et se lâcher avec les jeunes.

Andry Rajoelina, une candidature annoncée par le… rap de Suprême NTM

Dans « Le monde de demain », Madagascar ne sera pas débarrassé de celui qui l’a plongé dans une crise et une pauvreté profondes, qui s’est accroché à un pouvoir aussi illégal qu’illégitime ces 4 dernières années. Andry Rajoelina annonce sa candidature pour 2018 comme l’a conseillé la France de Laurent Fabius. Il l’a fait en rappant, reprenant le refrain du mythique groupe Suprême NTM qui a bercé sa turbulente jeunesse au début des années 1990 quand TGV n’était qu’un « crew », un gentil gang de gosses de riches : « Le monde de demain, quoiqu’il advienne nous appartient, la puissance est dans nos mains, alors écoute ce refrain », a improvisé en freestyle le président de la transition, dans un flow qui révèle le fan de rap.

Le message est clair et résolument positif ! C’est la référence culturelle qui prête à sourire quand il s’agit d’un prétendu être homme d’Etat qui a dirigé le pays sans être l’un de ces hommes politiques qu’il qualifie de corrompus, égoïstes et avides de pouvoir, qui dit suivre le modèle Mandela et être le De Gaulle malgache (sic). Désormais, le rap n’a pas d’âge, la présidence non plus !

L’arrogance grandissante du chef de la transition étonne, car d’aucuns pensaient le voir faire profil bas pour s’appliquer à la mission et à l’engagement « d’homme d’Etat » qu’il a pris en mai 2010, c’est-à-dire d’organiser une élection démocratique sans y participer. Au contraire, la propagande est montée d’un cran, d’un ton. Ainsi, malgré un engagement et une décision pris par l’intéressé en 2012, Andry Rajoelina se dit encore être une victime qui a fait un sacrifice.

Le chef de la transition est allé un peu plus loin que sa déclaration sur RFI selon laquelle il n’a pas d’adversaire politique à Madagascar (sic) mais qui voulait dire en effet qu’il n’a pas de concurrent susceptible de le battre aux élections. « Si j’étais candidat, je suis élu au premier tour », s’est vanté le prétendu père de la démocratie malgache. Ce qui est d’ailleurs tout à fait possible vu la limitation de la liberté d’expression, la monopolisation des médias publics, la campagne de dénigrement contre ceux qui osent critiquer le régime, la persécution des journalistes et des opposants…

La propagande et la pré-campagne électorale menée par Rajoelina depuis trois mois ne seront pas vaines à condition qu’il reste dans la mémoire des jeunes malgaches comme étant celui qui a réalisé leur souhait, leur rêve, un bâtisseur. « Nous allons revenir en force », promet-il en haranguant une foule de jeunes insouciants magnétisés par le show.

Peu importe si l’homme fort et seul dépositaire de l’argent public a détourné par voie d’ordonnance 100 millions de dollars reçus d’un opérateur minier pour monopoliser au niveau de la présidence le budget d’investissement du pays. Les ministères ayant été écartés pour la construction de ces infrastructures, toute la gloire de la transition revient à son chef.

8 hôpitaux, 2 stades, un coliséum, quelque 500 de maisons sociaux faisant l’objet d’une loterie, des logements universitaires, des promesses de nouvelles réalisations rapides comme une route, des gares routières, une salle de danse… les réalisations de Rajoelina valent-t-elles autant que les destructions et les sacrifices qu’ont enduré les malgaches depuis le coup d’Etat de 2009. Seule une élection opposant le président évincé et le putschiste aurait apporté la réponse.