samedi , 24 juillet 2021
enfrit
Pourquoi le président Ravalomanana a-t-il laissé faire ? La question est toujours sans réponse. Les événements du 26 janvier 2009 avaient fait basculer la balance en faveur de Andry Rajoelina sans que ce dernier n’ait été inquiété pour ses responsabilités dans la dérive de son mouvement populaire. La préméditation d’un coup d’Etat était pourtant constatée par le pouvoir.

Crise 2009 : le dessous politique du lundi noir

Dans le rapport de force psychologique et la guéguerre de déclarations entre le président de la République élu et le maire de la capitale qui voulait le destituer, c’est le jeune Andry Rajoelina qui est passé à l’acte le premier. Il a sorti la foule de la place interdite, celle du 13 mai. C’était le jour du lundi noir quand les manifestants se sont attaqués à la télévision malagasy et à la radio Madagasikara, incendiant les deux bâtiments de l’audiovisuel public à Anosy. Ce jour là, le président Ravalomanana n’a pas réagi, ni les forces de l’ordre sous ses commandements.

Y a-t-il encore un Etat quand le chaos, les pillages et les incendies se déroulent au grand jour et se poursuivent jusque dans la nuit. L’absence de pouvoir a été effectivement constatée. A qui profite le crime. D’un côté, Andry Rajoelina accuse le pouvoir qu’il essaie de destituer de laisser faire, laissant entendre que le chaos profite aux dirigeants. D’un autre côté, le président Ravalomanana a voulu éviter le piège du sang, si jamais des interventions et forcément des répressions pour rétablir l’ordre dans le feu de l’action avaient lieu. Finalement, c’est Andry Rajoelina  qui avait pris un ascendant psychologique puisqu’il n’a pas été arrêté alors que le président de la République a connu un moment de faiblesse.

Pourquoi de la faiblesse ? Quelques jours plus tôt, Marc Ravalomanana s’est encore montré comme l’homme fort du pays. De retour d’un voyage à Cape Town en Afrique du sud, il est passé par Morondava pour venir en aide à une population sinistrée par un cyclone. Arrivé à Ivato, le président ne voulait pas encore donner de l’importance au mouvement de contestation. Le plus important reste selon lui, d’aller venir en aide aux habitants de Morondava et de s’atteler à la réalisation du programme national de développement, le Madagascar Action Plan ou MAP. Voilà pour le côté père de famille, le « Raiamandreny » du pays.

Pour ce qui est de l’homme politique, Marc Ravalomanana s’est pourtant montré plus en verve. « Je suis très stricte dès qu’il s’agit d’une entorse à la Constitution de la République, cela me met en colère » a-t-il prévenu. Sans pourtant menacer ni tancer directement le maire qui voulait prendre le pouvoir, le président s’est contenté de dire que toute incitation à la désobéissance sous c ouvert d’un mouvement populaire est un danger pour le pays. Il s’est limité à appeler la population à garder son calme et rester serein. A ce moment là, l’objectif de Andry Rajoelina dans son combat n’était plus la réouverture de sa station de télévision Viva.

Le lundi noir du 26 janvier 2009 avait donné l’impression qu’il n’ya avait pas ou  plus de pouvoir dans le pays. Jean Théodore Ranjivason a été arrêté et jeté en prison pour sa présumée implication dans l’incendie de la TVM et de la RNM, un fait qu’il réfute un an plus tard arguant qu’un éducateur comme il est ne ferait pas une telle chose. Un mandat d’arrêt contre Roland Ratsiraka et Dolin Rasolosoa a été annoncé à la presse par le président Ravalomanana. L’ambassadeur de l’UE à l’époque, Jean Claude Boidin, a résumé parfaitement la situation : « il y a des arrestations sans mandat et des mandats sans arrestation », disait-t-il, craignant une absence de gouvernance. Par la suite, les opérations de rétablissement de l’ordre public n’ont fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.