dimanche , 23 juin 2024
enfrit
Jamais, sans doute, la presse malgache n'a connu autant de menace et de tension qu'au moment actuel en raison de la crise politique qui mine la Grande Ile.

La presse malgache en danger

Des journalistes menacés. Des sièges de publication attaqués. Des piratages d’ondes. Des journaux qui décident souvent de manière subite de ne pas paraître. Autant de faits qui démontrent que la presse malgache se trouve réellement dans la tourmente.

La crise politique qui oppose le président Marc Ravalomanana et l’ex-maire de la capitale Andry Rajoelina a conduit à une véritable guerre des médias et à une situation plus qu’inconfortable pour la majorité des journalistes qui exercent dans la capitale. «Tous les journaux sont menacés » affirme un confrère qui déplore les conditions dans lesquelles les professionnels des médias doivent travailler. Victime d’un quiproquo, un journaliste indépendant a été lynché par la foule lors d’une manifestation des pro-Ravalomanana à Mahamasina.

De part-et-d’autre le ton est monté d’un cran. Le fait que certains médias, notamment audiovisuels, soient directement affiliés à l’un ou l’autre camp complique davantage la situation. Marc Ravalomanana dispose de la radio Mada pour défendre sa cause, tandis que Andry Rajoelina est soutenu par sa propre entreprise audiovisuelle, Viva, et accessoirement par la radio Antsiva et la Tv Plus. Les intimidations verbales sont devenues monnaie courante sur les ondes, soit de la part des animateurs eux-mêmes soit provenant d’auditeurs qui interviennent directement par téléphone.

Au début de la crise, la radio nationale, la télévision nationale et le groupe de presse du président, MBS, ont déjà payé à prix fort la menace qui pesait sur la presse. Les locaux de ces stations ont été saccagés. Très récemment, la Tv Plus et la radio Antsiva, proches de Andry Rajoelina, auraient été sérieusement menacés par des casseurs.

L’intolérance risque fort de prendre le dessus. A plusieurs reprises, le Conseil oecuménique des églises chrétiennes de Madagascar et les représentants de la communauté internationale, principaux acteurs dans la médiation entre les deux parties en conflit, ont appelé à la modération. Mais en vain. La presse est, malgré elle, entrée en guerre. La tolérance est bien devenue un vain mot.