dimanche , 2 octobre 2022
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Quand les auditeurs font la loi, l’Etat se sent menacé. Les radios privées, qui se comptent par centaine à travers tout le territoire, vivent une liberté exemplaire à Madagascar. Les écarts de langage obligent souvent le ministère de tutelle à prendre des mesures drastiques. A l’image de l’interdiction de l’émission de talk-show, Karajia, sur la radio RDB.

L’émission de talk-show Karajia interdit sur la radio privée RDB

Sans doute, les auditeurs de la radio privée d’obédience catholique RDB (Radio Don Bosco) sont navrés de l’interdiction de Karajia sur leur station préférée. Mais la situation ne pouvait pas se présenter autrement quand les auditeurs commencent à faire la loi, par simple coup de téléphone, et à travers des interventions directes à la radio. Des auditeurs anonymes ont en effet lancé des appels à des manifestations de rue à la radio. 

En évoquant des motifs liés à la «souveraineté nationale», ou encore au «maintien de l’ordre public», le ministère de la communication, des postes et des télécommunications a publié un arrêté interdisant pour une durée indéterminée l’émission Karajia.
Les critiques acerbes formulées par des auditeurs anonymes en direct à l’antenne tous les jours, en début de matinée sur la bande FM 93.4 de la RDB dérangent effectivement les âmes sensibles. Au nom de la liberté d’expression, des auditeurs n’hésitent point, il est vrai, à formuler des propos qui frisent souvent l’incitation à la rébellion. Dans ce cas précis, le gouvernement peut réagir d’une manière contraire à l’attente du public et des propriétaires des radios. Comme ce fut le cas pour la RDB.

L’envers du décor est que, tout naturellement, la décision ministérielle pourrait être interprétée par des observateurs comme un signe de la décrépitude de la relation entre l’équipe au pouvoir et l’église catholique. Wait and see.