vendredi , 18 octobre 2019
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La stabilité sans passer par un pacte ?
Le président Rajaonarimampianina au défilé du 26 juin, son entourage à sa gauche, les chaies vides à sa droite

La stabilité sans passer par un pacte ?

Quelle leçon le président de la République a-t-il retenue de sa récente mésaventure politique. Lui qui a été sauvé in extrémis par une Haute Cour Constitutionnelle ayant volontairement dépassé la sphère du texte fondamental. Hery Rajaonarimampianina a fait une sorte d’ode à la stabilité, sans s’avancer sur le « pacte de responsabilité » suggéré par les juges. C’est lui qui est tenu à le faire, non pas ceux qui ont essayé de le destituer. Les opposants ne sont pas très enthousiastes à entreprendre un processus qui à leurs yeux est extra-constitutionnel. Ils estiment que seule l’application de l’article 54 peut garantir, soit un premier ministre issu de l’opposition, proposé par le MAPAR et ses alliés, ou du moins qui est soutenu par les députés.

« C’est une grande leçon que vous, peuple malgache, avez donné à tous les politiciens que ces derniers soient dans ou à l’extérieur du pouvoir », a déclaré le chef de l’Etat. La leçon serait la paix et l’apaisement. Le fait que toutes les mouvances politiques militent pour cet apaisement est une victoire collective, d’après Hery Rajaonarimampianina. Il estime que le pays en a besoin dans ses relations et sa coopération avec les partenaires étrangers et les grands investisseurs ; que c’est nécessaire pour améliorer le débat politique qui pousse le pays à prendre en main son destin. « Les dirigeants élus ou désignés pourront réaliser leur devoir ».

En tout cas, c’est un président fragile et vacillant au moindre phénomène déstabilisant qui réclame l’indulgence de ses détracteurs et la compréhension des citoyens, un président qui ne peut réaliser sa mission si on le perturbe « matin, midi et soir » et qui ne veut pas être accusé d’incompétence, car il a des excuses. « Laissez-le travailler en toute liberté puis jugez-le, dit-il en parlant de sa propre personne. Donnez-lui des conseils si on doit corriger une erreur, mais ne le déstabilisez pas en permanence ». Le chef de l’Etat espère que le pays atteigne au plus vite une stabilité pérenne « parce que cela va accélérer le travail et les résultats, rétablir la confiance des partenaires étrangers et faciliter les négociations ».

Un pacte pour matérialiser la stabilité

Pour rappel, la présidence a renié la paternité d’un projet de « pacte de stabilité » qui ressemblait à une cohabitation pragmatique, un partage des sièges et du pouvoir. « Le site internet de la présidence de la République a été piraté », a déclaré Hery Rajaonarimampianina, sans convaincre beaucoup de monde. Les députés frondeurs se sont constitués en une nouvelle majorité opposante. Les marges de manœuvre du président non déchu sont très limitées. Le HVM tente un baroud d’honneur pour constituer une nouvelle majorité artificielle, le parti n’ayant aucun élu mais quelques transfuges et autres énergumènes qui renient leur formation d’origine sans la quitter. Il ne peut compter sur le soutien indéfectible du TIM de Marc Ravalomanana. Le MAPAR voit rouge : « on ne va pas faire un pacte qui sera un acte extraconstitutionnel, a martelé le député Naivo Raholdina. Il faut revenir au point de départ, à l’article 54 de la Constitution ».

Article 54 ou pas, il est difficile de garder au pouvoir l’ami Jean Ravelonarivo et le club du gouvernement actuel. Le député d’Ambositra, le milliardaire Hary Andrianarivo a été pressenti, ayant l’aval des frondeurs, mais rien n’est fait. Reste à savoir si les députés vont attendre sagement la fin des élections communales et laisser le HVM les gagner tranquillement ou intenter une motion de censure pour qu’un premier ministre au final de consensus garantisse la stabilité et l’équité. La négociation n’a jamais été le fort du Hery Vaovao n’i Madagasikara ni de son fondateur. A moins de changer la Constitution ou de la violer, le président n’aura de choix que de désigner un premier ministre issu de l’opposition qu’il détestera le moins. Accepter un MAPAR de premier plan serait une humiliation, un désaveu, ou la reconnaissance d’avoir fait perdre au pays un an et demi.

A. Herizo