Mardi , 17 juillet 2018
enfrit
L'année 2002 choisie comme année internationale de la montagne véhicule le message : «tenez-vous àdistance et ménagez-moi ». Cela nous amène ànous pencher sur les LAVAKA malgaches.

Phénomèned’érosion:
L’ALAOTRA MINEE PAR LES LAVAKA

Certaines
pratiques traditionnelles telles que la culture sur brûlis, le
surpâturage, le déboisement et tout acte conduisant à
la perte de végétation sans renouvellement favorisent
et accentuent le phénomène de l’érosion. A
Madagascar, les montagnes sont particulièrement fragiles et
vulnérables au phénomène. Elles laissent parfois
des plaies ouvertes et des empreintes indélébiles sur
les tanety (plateaux). Ces plaies béantes quelquefois
irréversibles qui se traduisent par la rupture de l’équilibre
entre la terre et sa végétation sont ce qu’on appelle
les lavaka.



C’est
sur la RN 44 reliant Moramanga à Ambatondrazaka dans
l’Alaotra, premier grenier à riz de Madagascar, qu’il est le
plus visible. Le contraste saisissant entre les chaînes
montagneuses dénudées et criblées de lavaka à
droite de la route nationale, et la forêt de pins, paysage
verdissant de Fanalamanga (même si cette forêt perd aussi
progressivement sa réputation d’antan) à sa gauche;
montre le rôle important de la couverture végétale
sur le sort de la montagne. L’Alaotra, où des milliers
d’hectares de rizières s’étendent à perte de
vue, est aujourd’hui entourée par des collines ensanglantées
par de véritables plaies béantes qui gangrènent
la région tout entière.



Les
lavaka constituent en effet une menace sérieuse pour
les 75 000 ha de rizières qui s’étendent dans la
cuvette. La dégradation des tanety entraîne
inexorablement l’envasement des rizières et l’ensablement des
réseaux d’irrigation et de drainage. Cela a pour conséquence
la diminution de la superficie cultivable, de la fertilité du
sol et de la production et donc l’augmentation du coût
d’entretien des périmètres rizicoles.

Le
gouvernement japonais est pour l’instant le premier et le seul
bailleur de fonds qui ait été interpellé par le
phénomène. Il finance depuis maintenant deux ans un
projet pilote de stabilisation de lavaka dans la région.
Les travaux consistent en la construction de barrages à
l’intérieur du lavaka, chargés de réduire
la vitesse de l’eau charriant de la terre et du sable qui se
précipitent dans les rizières. Pour le long terme, des
actions préventives sont effectuées au niveau des
tanety par la construction de fossé de crête et
la plantation d’espèces végétales destinées
à empêcher l’eau de pluie de se précipiter dans
le lavaka. L’installation d’une végétation
pionnière en effet, tente de rétablir une couverture
végétale capable d’atténuer l’agressivité
de la pluie et de freiner les phénomènes érosifs
du ruissellement.

Les
actions effectuées jusqu’ici ne sont encore que sporadiques
alors que le paysan voit chaque année la surface cultivable de
sa rizière diminuer un peu plus. Le phénomène
n’est pas nouveau. Dès les années soixante, on peut
lire dans la littérature scientifique, des écrits de
techniciens alertant l’opinion sur le phénomène.
Aujourd’hui dans l’Alaotra il y a réellement péril en
la demeure.