Mardi , 12 décembre 2017
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Antananarivo, vers un statut qui n’a plus rien de particulier
Hôtel de ville d'Antananarivo

Antananarivo, vers un statut qui n’a plus rien de particulier

Le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation ne veut pas parler de défaite du gouvernement. C’est normal, c’est entièrement la sienne. Il a eu plus de 5 tentatives pour diviser Antananarivo et affaiblir le pouvoir du maire élu, réorganiser le fonctionnement pour donner une petite chance au parti au pouvoir de contrôler la capitale… Au final, tout s’est soldé par un échec. La ville des mille restera unie et son maire gardera tout son pouvoir.

Antananarivo est plus forte que tout calcul politique. Difficile pour le ministre Olivier Mahafaly mandaté par le régime HVM d’effacer un demi-siècle d’histoire administrative en un si peu de temps. D’autant que la réforme voulue est bassement politique, visant à contrôler une capitale qui, par nature, aime être dirigée par un maire issu de l’opposition.

Après l’échec de la communauté d’Antananarivo élargie aux communes environnantes et la tentative de créer des petites mairies à l’intérieure de la commune urbaine, le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation a tenté un dernier coup de poker en réservant au conseil des ministres le droit de décider le nombre d’arrondissements que le pouvoir central souhaite. Cette porte de sortie a été fermée par les députés.

Maigre consolation pour le gouvernement

Une réforme sera tout de même appliquée à Antananarivo. Le pouvoir du maire sera beaucoup plus décentralisé au profit des délégués que celui-ci désignera. Le nombre d’arrondissements seront toujours six, pas un de plus. Néanmoins, la commune urbaine devra donner à ces arrondissements une autonomie de gestion et un budget.

Le maire ne perdra pas pour autant son pouvoir, car ses délégués devront lui rendre compte et seront là pour mettre en œuvre sa politique et son programme de développement. Il peut nommer jusqu’à 3 adjoints pour l’assister dans mission. Les attributions liées à l’Etat-civil sont dévolues aux délégués et aux adjoints au maire. Il y aura donc une gestion administrative de proximité.

Le gouvernement ne perd pas tout, car il pourra « contrôler » les fokontany dont les chefs seront nommés par le préfet de police, le représentant de l’Etat dans la Commune urbaine d’Antananarivo. Le maire délègue au chef fokontany des tâches administratives basiques et un rôle de médiation sociale qui nécessite une proximité avec la population.

Le Grand Tanà toujours en projet

Le président de la République a laissé un peu de sa crédibilité dans ce projet de loi sur le statut particulier d’Antananarivo. Hery Rajaonarimampiainina défendait une grande réforme avec la mise en place d’une grande capitale incluant quelques communes environnantes. Il ne tire pourtant pas un trait sur le projet et persiste à mettre en place une métropole.

Le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation a déjà prévenu que le statut d’Antananarivo va évoluer vers la mise en place du Grand Tanà. Olivier Mahafaly a peut-être perdu plusieurs batailles, mais il ne renonce pas à gagner la guerre. Reste à savoir si, une fois dépourvue de calcul politico-électoral, la réforme trouvera grâce aux yeux de l’opinion

A. Herizo