Lundi , 18 décembre 2017
enfrit
Changement de gouvernement : Jean Ravelonarivo fait-il de la résistance ?

Changement de gouvernement : Jean Ravelonarivo fait-il de la résistance ?

Il s’agirait bien d’un changement de gouvernement et non pas d’un remaniement. Le départ du premier ministre Jean Ravelonarivo semblait déjà acté, mais il est toujours à son poste. Pour le confirmer, le général de brigade aérienne doit se montrer dans les médias, être présent sur le terrain. Son absence dans le sud pour l’atelier de concertation sur le kere a fait jaser. Mais toujours rien.

Il est un peu agacé qu’on lui repose toujours la même question. Les rumeurs et les bruits lancés ici et là semblent annoncer l’évènement mais le premier ministre est toujours à son poste, droit dans ses bottes. « Je suis là, je fais mon travail », a-t-il lancé à la presse, visiblement irrité. Pourquoi la situation reste-t-elle bloquée alors que le changement de gouvernement devait selon des sources bien informées avoir lieu après la mise en place du Sénat. Le blocage serait effectivement le premier ministre. La situation est cependant particulière parce que Jean Ravelonarivo ne refuse pas de partir parce qu’il a été limogé. Non, on lui demande de démissionner. On comprend qu’il ne veut pas quitter le cockpit et essaie de maintenir le gouvernement en altitude même si l’hélicoptère n’avance pas.

Si Jean Ravelonarivo est effectivement remplacé, son successeur sera le troisième premier ministre de Hery Rajaonarimampianina en 3 ans. On ne peut pas dire que c’est un signe de stabilité. Ainsi, l’actuel chef du gouvernement est prié de plier bagage, ceci expliquant en partie les tensions entre Iavoloha et Mahazoarivo. « Monsieur le premier ministre, allez-vous quitter votre fonction ? », on lui a directement posé la question. Le général a mis du temps pour avoir une réponse claire et courte. L’intéressé essayait de défendre son bilan, d’argumenter sur la continuité nécessaire après avoir posé les bases. La situation économique et sociale dans le pays ne plaident pas en sa faveur, même si la primature et la présidence se rejette la faute. Au final, il veut bien partir, s’il est évincé. Un militaire, ça n’abandonne pas son poste. Il faudra rédiger une lettre de renvoi qui ressemble à un ordre.

Qui veut le départ de Jean Ravelonarivo ?

D’abord, le président lui-même qui n’a pas mis beaucoup de temps à regretter son erreur de casting. La recette du gouvernement d’ouverture n’a pas marché. Si Hery Rajaonarimampianina veut être en lice en 2018, il doit rectifier le cap. Ensuite, il y a les partenaires et bailleurs de fonds qui viennent d’accorder pas loin de 1 milliard de dollars à Madagascar. Le futur premier ministre sera un technicien qui sera une sorte de garantie dans la gestion de tous ces fonds. On ne s’étonnera pas si l’homme est un « énarque » donc proche de la France, plus rassurant qu’un pilote de l’armée proche de la Russie. Ce sera un gouvernement de techniciens. A ce propos, les partenaires de Madagascar ont émis leur souhait de dépolitiser l’équipe gouvernementale : « les chefs de partis ne devront pas être membres du gouvernement ».

Le président Rajoanarimapianina devra donc défendre le cas Rivo Rakotovao. Un temps pressenti au Sénat pour en assurer la présidence, le numéro un du parti HVM sera reconduit au gouvernement. Il est peu probable mais pas impossible de le voir nommé premier ministre. Pis, il pourrait perdre le juteux portefeuille des Projets présidentiels. Ces derniers pourraient être répartis dans plusieurs ministères en fonction de leur nature. Rolland Ratsiraka, président du MTS, lui est en campagne pour garder son poste. Il est aussi sur la sellette, car les bailleurs de fonds souhaiteraient un spécialiste des travaux publics à la tête du ministère. Cela ne pourrait pas être le cas dans un gouvernement de techniciens. La demande des bailleurs, même si elle ressemble à de l’ingérence est tout à fait classique. Voir un chef de parti à la tête d’un ministère qui reçoit beaucoup de financements extérieurs n’a rien de rassurant. On veut bien financer le développement, et non pas un parti.

AH