Mardi , 18 septembre 2018
enfrit
De la négociation au rapport de force, le pacte de l’impossible
Le président Rajaonarimampianina à Fianarantsoa pour inaugurer un stade moderne aux couleurs de son parti

De la négociation au rapport de force, le pacte de l’impossible

La réunion préliminaire entre les représentants des députés et le président de la République n’a pas du tout œuvré pour la signature d’un pacte de responsabilité. Aux préalables et aux exigences des parlementaires, Hery Rajaonarimampianina n’entend pas céder et va chercher un appui populaire. Il s’investit corps et âme dans une propagande préélectorale sur fond d’inauguration de petites réalisations pour faire gagner les élections communales à son parti HVM.

Le rapport de force sera de mise pour mettre en place le fameux pacte de responsabilité, si les deux parties adverses trouvent un accord. Forts d’une majorité incontestable lors de deux votes majeurs, la motion de déchéance du président de la République et la motion de censure contre le gouvernement Ravelonarivo, les députés croyaient être en position de force. Ils ont demandé à ce que la rencontre avec le chef de l’Etat ait lieu « sur un terrain neutre » pour signifier que les deux parties sont sur le même pied d’égalité. Il y avait donc un peu de tension quand la première confrontation a finalement eu lieu à Iavoloha.

Les députés officieusement de l’opposition ont émis des propositions pour le futur pacte de responsabilité. Ils s’assurent que les institutions en place sont préservées, par une sorte de pacte de non agression qui exclue de facto la déchéance et la dissolution, qu’une majorité parlementaire soit définitivement fixée, sans la possibilité de retournement de veste en faveur du régime, que le premier ministre soit désigné sur proposition du parti ou groupe de partis ayant le plus grand nombre de députés selon l’article 54 de la Constitution, que la composition du gouvernement reflète les résultats des dernières élections présidentielles.

Président cherche toujours majorité

Malgré une majorité ayant voté contre le régime en visant le chef de l’Etat et le premier ministre, Hery Rajaonarimampianina a toujours l’ambition d’avoir une majorité au sein de l’Assemblée nationale. Il a des députés partisans qui se qualifient de « soldats du président ». Officiellement, la dernière motion de censure a mis en exergue 17 députés pro-gouvernementaux. Les partisans du régime réfutent et estiment qu’ils ont des groupes parlementaires acquis à leur cause, notamment les MAPAR 2 et 3 volés à Andry Rajoelina et le VPM-MMM 2 subtilisé à Hajo Andrianantenaina. Le leader Fanilo vient de retourner sa veste en plein vote d’une motion de censure.

Selon Christine Razanamahasoa, le chef de l’Etat a toujours l’ambition de rafistoler une majorité. « Pour lui une majorité à l’Assemblée nationale devrait être une majorité présidentielle et non pas une majorité parlementaire », dit-elle. Il est vrai qu’une Plate-forme de la majorité présidentielle a déjà existé, mais sans faire long feu. Une PMP 2 est donc en projet. Les opposants ont pris le devant et ont créé la Nouvelle majorité parlementaire qui a fait vœu de solidarité et de fidélité. Ils ont coupé l’herbe sous les pieds du chef de l’Etat qui, au lieu de poursuivre les négociations, préfère faire campagne pour son parti en multipliant les inaugurations où les couleurs blanc et bleu sont légion.

Le HVM s’assure une grande victoire

Par souci d’équité et conscient de l’utilisation des puissances publiques et des appareils de l’Etat pour faire élire les candidats HVM, les opposants demandent le report du scrutin des communales prévues le 31 juillet, dénonçant les anomalies et les préparatifs loin d’être prêts. Ils espèrent la formation d’un gouvernement plus neutre. C’est sans compter sur l’ambition affichée du HVM. Ce denier ne savait plus sur quel pied danser avec son pseudo partenaire Marc Ravalomanana. La guerre est enfin déclarée. Le numéro un du HVM a mis en garde les membres de son parti sur l’ambition de l’ancien président de la République de reprendre le pouvoir derrière l’engagement politique de celui-ci. Il est hors de question, dit-il de laisser le futur Sénat aux mains de l’opposition.

Avec une certitude douteuse, Rivo Rakotovao a mobilisé la troupe : « ils ne vont jamais nous battre ». Nomination de chefs et préfets de région, nomination de chefs de district en écartant des maires et des adjoints, monopole de l’audiovisuel public, distribution de t-shirt, inaugurations de tout et de n’importe quoi à la gloire du parti, interdiction aux candidats d’afficher leur nom et leur photo sur le bulletin de vote… force est de constater que le parti du pouvoir a pris un sérieux avantage pour sa première épreuve électorale. C’est du déjà vu, c’est systémique à notre démocratie, rien d’étonnant donc. C’est la passivité complice de la CENI qui laisse perplexe.

A. Herizo