Samedi , 16 décembre 2017
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Débouté par la HCC, Hery Rajaonarimampianina essuie un revers politique
Antananarivo restera unie et indivisible (ph CUA)

Débouté par la HCC, Hery Rajaonarimampianina essuie un revers politique

Le président de la République en a fait un défi, celui de donner à la capitale de Madagascar une nouvelle dimension, officiellement pour harmoniser le développement. Avoir une mégapole prospère n’est sans doute pas un rêve partagé par les Tananariviens. Le cauchemar est terminé puisque la réforme tant voulue par le régime en place pour gagner les élections dans la capitale tombe à l’eau. Ce revers politique laissera des traces pour celui ou ceux qui ont essayé de diviser la capitale pour y régner.

Sur le plan technique, le projet de changer la collectivité d’Antananarivo a été confié au ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Olivier Mahafaly soutenait une nouvelle approche de développement qui devait mettre en place une agglomération puissante. C’est la notion de communauté qui a eu du mal à passer auprès des autres communes environnantes sommées d’intégrer la capitale. On ne peut pas développer Antananarivo en pensant uniquement aux six arrondissements, argumentait le ministre, sans aller jusqu’à la mise en place du Grand Tana qui reste un projet pour l’avenir.

Un calcul politique mal pensé

Sur le plan politique, le président de la République défendait aussi le projet de statut particulier pour Antananarivo. Pour lui, Ivato devrait faire partie de la capitale puisque les étrangers débarquent à Antananarivo. Les Français devraient-ils alors étendre la capitale jusqu’à Roissy, là où se trouve l’aéroport de Paris ? Hery Rajaonarimampianina a déjà été désavoué quand le projet de loi passait à six communes. Première victoire pour les communes qui allaient « perdre » leur territoire au profit de la capitale. L’autre argument est une proximité du maire avec les administrés. L’élu, plutôt les élus seront à même de voir les problèmes et de les résoudre rapidement. Une telle tâche peut être confiée à un maire d’arrondissement élu au suffrage indirect par les conseillers municipaux.

Même si le régime en place se défend de privilégier uniquement le calcul politique, il n’aura pas réussi à convaincre.  Le vote de 52 députés ne suffisait pas à donner un peu de légitimité à la loi. La campagne de persuasion continuait. Ce qui choquait les Tananariviens c’est que le sort de leur ville a été arrêté par des élus qui viennent d’ailleurs. Les députés d’Antananarivo et de la région Analamanga ont boycotté le vote. TIM et MAPAR ont fait bloc contre ce projet sans pour autant exprimer leur position. Il a fallu la décision de la HCC pour mettre fin au débat.

Ny Hasina Andriamanjato, responsable et bouc émissaire ?

Le pire pour le président de la République, c’est que l’opinion croit qu’il a été battu à plate couture par les employés de la Commune urbaine d’Antananarivo. La faute à une HCC qui n’a pas pris la peine de déclarer la requête formulée par le personnel de la mairie irrecevable. Au lieu de mandater un député ou un groupe parlementaire, les salariés de Ny Hasina Andriamanjato ont posé une demande accompagnée d’un ultimatum de 72 heures. Le cours des évènements laissa penser que la HCC a décidé sous leur pression. Or, c’est bel et bien Hery Rajaonarimampianina qui a demandé un contrôle de constitutionnalité de la loi.

Ce que l’on peut retenir de cet épisode politique est que le président et son parti ne peuvent pas disposer de la HCC comme ils veulent comme le craignent les opposants. L’article 54 a été clarifié en faveur du président dont le parti n’a aucun élu à l’Assemblée nationale mais des transfuges opportunistes. Hery Rajaonarimampianina n’a pas mis en place dans le délai prévu la Haute Cour de Justice et il n’a pas été inquiété alors qu’il devrait risquer la destitution. C’est un dossier qui n’intéresse pas la HCC qui s’est racheté de la crédibilité en refusant le statut particulier pour Antananarivo. Si le régime en place veut gagner Antananarivo par les urnes, il ne reste plus au président de la République et au ministre de l’Intérieur qu’à limoger Ny Hasina Andriamanjato et installer un nouveau Président de Délégation Spéciale pro-HVM ou un fonctionnaire qui obéirait au doigt et à l’œil à l’administration.

AH