Lundi , 18 décembre 2017
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Francophonie : la petite folie des grandeurs de Rajaonarimampianina ?
Le président Rajaonarimampianina entouré de Jacques Bilodeau, SG de l'OIF et de Béatrice Attalah, ministre des Affaires Etrangères

Francophonie : la petite folie des grandeurs de Rajaonarimampianina ?

A 10 mois de l’évènement, le sommet de la Francophonie serait-il encore du domaine du rêve, du moins la partie organisation. Très peu de projets ont été concrétisés et l’on se tourne de plus en plus vers des solutions déjà existantes. Les retombées économiques de ce grand évènement international risquent d’être limitées. Pis, ce Sommet ne va même pas relancer la francophonie à Madagascar. Mais, il n’est pas trop tard pour lui donner un meilleur destin.

Erreur de calcul, un espoir démesuré ou la folie des grandeurs ? L’organisation du Sommet de la Francophonie devait être une opportunité à multiples facettes pour Madagascar. Elle consacre un retour tonitruant de la Grande Ile dans le concert des Nations après avoir été bannie de l’OIF durant la période de transition politique. Pourquoi en effet confier un tel projet à un pays qui vient de sortir de la crise si ce n’était pour donner à celui-ci une opportunité de dynamiser aussi bien son économie que ses relations internationales. A l’instar des bailleurs de fonds qui laissent entrouvertes les vannes des financements, la France et le monde de la francophonie étaient attendus pour injecter de l’aide financière.

Le Secrétaire Général de l’OIF, Jacques Bilodeau, n’a pas laissé beaucoup d’espoir à la partie malgache pour le financement. Auparavant, d’autres pays dans une situation plus difficile que Madagascar ont organisé le Sommet et s’en sont bien sortis sans une aide financière. Il n’y a pas de raisons que la Grande ile ne s’en sorte pas par ses propres moyens. Pour le moment, le financement disponible n’est que de 20 milliards d’ariary. « Pour le Sommet lui-même, cette somme pourrait suffire mais il y a beaucoup d’investissements à faire en matière d’infrastructure », confie une personne proche du dossier. On est encore loin des 50 milliards d’ariary annoncés. Madagascar peut compter sur une aide symbolique des amis de la Francophonie qui a alloué 3 millions d’euros. « Nous sommes prêts à relever le défi pour cette entreprise d’envergure à Madagascar », a déclaré Hery Rajaonarimampianina. « La volonté que vous avez mise avec acharnement nous donne l’espoir », rassure Jacques Bilodeau.

Peu de nouveaux projets

Le comité d’organisation s’attèle pour le moment à trouver des solutions annexes, sans passer par le mode construction. « On nous a demandé de construire un hôtel non loin du Centre de Conférences international mais nous avons dit que ce n’est pas possible », a martelé Mamy Rajaobelina. Au moins, l’hôtel 5 étoiles d’Ivato sera enfin opérationnel. L’hébergement sera assuré par le secteur privé. Les hôteliers sont mobilisés pour mettre à la disposition des participants jusqu’à 3000 chambres. Les organisateurs ont visité ces établissements afin d’en vérifier le respect des normes. Le village de la francophonie, un marché attribué à la Seimad sur fond de népotisme et de pragmatisme, tardent à sortir de terre. Cette infrastructure d’accueil risque d’être superflue si les réservations sont déjà enregistrées au profit des hôtels. Par contre, la construction des routes censées résoudre le problème des embouteillages est exigée par l’OIF. La défection de l’entreprise chinoise sur le projet d’autoroute Ivato-Alarobia ne sera pas finalement préjudiciable, tant que les autres voies d’accès seront exploitées. Le Centre de conférence international sera remis à neuf et sera doté d’un nouveau parking et d’une nouvelle salle de 800 m².

« Les principaux défis sont de faire comprendre à la population l’importance de ce sommet de la Francophonie qui représente un symbole », prévient Jacques Bilodeau. « Nous nous engageons à sensibiliser la partie malgache, notamment les jeunes avec leur engouement, avides de participation. On est sur la bonne voie, on avance, on y arrivera », s’enthousiasme Hery Rajaonarimampianina. Et pourtant, en 2016, la situation linguistique de la francophonie est plus que catastrophique. L’Etat ni le ministère de l’Education nationale n’a cru bon de voir dans ce Sommet une opportunité pour relancer l’enseignement et la pratique de la langue française à Madagascar. « Il faut cesser de voir dans le fait de parler français une acculturation, s’insurge Mme Hanitra, professeur de collège. C’est la langue qui nous lie au monde et elle doit faire partie de notre culture sans effacer notre identité ». Elle regrette que l’OIF n’a pas appuyé un grand projet visant à la promotion de la langue française dans le pays, alors que les malgaches est en train de la perdre.

A. Herizo