Jeudi , 14 décembre 2017
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La décentralisation calculée pour Antananarivo
Antananarivo, une ville surpeuplée qui est la clé du pouvoir

La décentralisation calculée pour Antananarivo

Antananarivo est à la croisée des chemins, le pied dans l’eau, la tête dans les nuages d’un mauvais temps. Difficile pour la ville des mille de se concentrer sur son avenir politique. Le régime HVM et son ministre de l’Intérieur reviennent à la charge après un désaveu cinglant par la Haute Cour Constitutionnelle. Non, le maire d’Antananarivo qui risque fort de pas être du parti présidentiel n’aura plus autant de pouvoir et d’emprise sur le peuple de la capitale que ses prédécesseurs.

Le rôle des délégués au maire et la manière de les élire ou de les désigner seront le salut pour cette présumée grande réforme voulue par le président de la république, pour soi-disant harmoniser le développement dans la capitale de Madagascar. Tout d’abord, ils seront plus que de simples délégués, ce sont des maires adjoints, d’où une appellation improbable : maires adjoints délégués ! Ils ont des attributions qui vont au-delà des formalités administratives et de la célébration des mariages civils.

Des adjoints avec beaucoup de pouvoirs

Ces super-adjoints seront des gestionnaires d’activités. Ils seront donc impliqués dans la gestion de la ville au niveau des arrondissements. Le maire devrait leur donner les moyens et le budget nécessaires. C’est là que le calcul politique intervient. On sait que la capitale n’arrive pas à subvenir à ses besoins et doit bénéficier de subvention de l’Etat. Si le parti au pouvoir sait à peu près qu’il a très peu de chance d’avoir un maire élu à Antananarivo, il ne désespère pas d’y mettre son empreinte. Les subventions pourraient donc être allouées directement aux arrondissements et aux adjoints.

Les recettes de la ville font l’objet de convoitise. Seront-elles toutes centralisées à l’hôtel de ville avant d’être redistribuée ou les arrondissements devront reverser tout ou partie de ce qu’elles perçoivent à la mairie. Le partage des impôts locaux est problématique puisque les recettes ne sont pas les mêmes pour les six arrondissements. La décentralisation du pouvoir au sein de la capitale a un objectif de développement de proximité. Un délégué au maire est censé être au plus près de ses administrés et peut voir en temps réel le problème. Pourra-t-il réparer les rues sans attendre des mois, créer de nouvelles infrastructures, construire une école primaire publique…

Des délégués choisis et nommés par des élus

Le deuxième aspect du nouveau projet de statut particulier d’Antananarivo est le mode d’élection et de nomination des maires adjoints délégués. Là encore, le pouvoir n’arrive pas à trancher et risque de proposer un texte à polémique et difficile à appliquer. Le maire élu au suffrage universel serait appelé à proposer 3 noms pour chaque arrondissement. Ce sont les conseillers municipaux qui devront choisir un. Ce choix doit encore être avalisé par le maire qui officialise la nomination. On risque de tourner en rond.

Le paramètre politique à ne pas minimiser est la cohabitation. Le HVM a peu de chance d’avoir un maire élu, quoique le propre du parti au pouvoir est de déjouer la logique électorale. Il y a une forte probabilité qu’il soit représenté au conseil municipal. Si on se réfère à la décision de la HCC, il n’y aura pas de maires d’arrondissement, donc pas de conseillers d’arrondissements. Il reste néanmoins une faille pour proposer des conseillers locaux qui choisiront leur maire adjoint délégué. Là, le HVM a plus de chance, car il aura réussie en partie à diviser pour régner. Faut-il rappeler que le but non avoué et non avouable de cette manœuvre politique autour d’Antananarivo est de ne pas permettre au futur maire d’avoir un pouvoir trop important, si jamais c’est un opposant qui est élu. Plus jamais, l’hôtel de ville ne sera un tremplin pour accéder au palais présidentiel.

A.H