Mardi , 21 novembre 2017
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Les dessous politiques d’un gouvernement sans réelle majorité

Les dessous politiques d’un gouvernement sans réelle majorité

Ce n’est pas un changement de gouvernement, mais un changement de premier ministre ! 22 ministres reconduits contre 8 nouveaux, c’est croire que c’était Kolo Roger et certains maillons faibles qui étaient indésirables. En tout cas, le parti HVM a pris le risque de faire appel une nouvelle fois à une majorité montée de toutes pièces et de braver les critiques sur la présumée violation de l’article 54 de la Constitution.

C’était donc un faux débat. Il n’y a pas longtemps, le parti au pouvoir et ses alliés étaient plus que nerveux à l’idée de devoir partager le pouvoir avec les anciens présidents, en particulier la mouvance Ravalomanana. « Lors de ces sommets à 5, il n’a jamais été question de la formation du gouvernement, c’est la prérogative du président de la République, selon ses choix », devait préciser Hery Rajaonarimampianina.

« Ce n’est pas un gouvernement d’union », ajoute le président. Le HVM et ses alliés ont par ailleurs conforté leur domination après avoir écarté un premier ministre lent et encombrant qui était pourtant devenu l’un des leurs.

Ce pouvoir de choisir le premier ministre, le chef de l’Etat le revendique et le défend. « L’article 54 est un débat qui n’a pas lieu d’être, il est tellement clair qu’il ne doit souffrir d’interprétation », a-t-il martelé. Il conteste « interprétation » faite par Andry Rajoelina sur le fait que la proposition du chef de gouvernement doit émaner du Mapar, la formation qui a le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale.

« Lorsque l’on parle de majorité, cette dernière doit être absolue », rétorque Hery Rajaonarimampianina, insinuant que Madagascar devrait être le pays où il y a débat sur la question. « Comment voulez-vous avoir une stabilité avec une majorité relative », se demande-t-il.

Une offensive pour défendre sa majorité

Plus incisif sur cette épineuse question, il va jusqu’à attaquer l’Alliance Ambodivona. « Vous demandez une audience au président de la République, vous le dites à la télévision et aux médias », dit-il, affirmant ne pas avoir reçu une demande officielle. « Ce n’est pas moi qui ai manqué le rendez-vous ».

« Ce semblant d’alliance ne constitue pas une majorité absolue », a tancé le président. « Si le premier ministre a été nommé, c’est qu’il y a une majorité », insiste-t-il, affirmant que les 120 signatures de députés lui donnent raison, bien plus que les 80 signatures que le Mapar aurait récoltées. Il y aurait donc une cinquantaine de députés qui ont signé en faveur des deux camps opposés.

Le président Rajaonarimampianina se montre confiant sur sa légitimité politique, car il a « été élu démocratiquement lors d’une élection où tout le monde a participé ». Peu importe si le parti HVM, dont il prétend ne pas en faire partie, n’a aucun député. « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas été élu aux présidentielles que l’on puisse demander aujourd’hui ses parts », déclare-t-il, bottant en touche les revendications de certaines formations politiques sur un nombre de sièges dans le gouvernement. « Vu le nombre de nos élus, plus d’une vingtaine, nous ne sommes pas satisfaits de la composition de ce gouvernement, mais ce n’est pas pour autant que l’on va basculer dans l’opposition », a réagi Guy Rivo Randrianarisoa de la mouvance Ravalomanana.

Faute d’élus sous la bannière de son parti, Hery Rajaonarimampianina doit composer en permanence une majorité parlementaire tout en détruisant la coalition autour de la formation fidèle à Andry Rajoelina. « La majorité se consolide tous les jours, si on peut le faire, on va faire appel à d’autres élus à nous rejoindre », concède le président. Pour y arriver, il utiliserait la négociation. On a vu comment le régime peut être persuasif avec les députés.

A.H