Samedi , 16 décembre 2017
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Premier ministre : le casse-tête du président de la 4ème République
Ph Primature

Premier ministre : le casse-tête du président de la 4ème République

Après deux premiers ministres en deux ans de pouvoir, le président Rajaonarimampianina n’a plus le droit à l’erreur pour le troisième. Le HVM a beau usurpé une majorité à l’Assemblée nationale et se vante d’avoir de la légitimité grâce à sa large domination au Sénat, il n’est pas capable ou n’a pas le courage de proposer un premier ministre issu du parti. Les dispositions constitutionnelles viennent compliquer une donne politique déjà très complexe à Madagascar.

En cette 4ème République, il a été difficile de désigner un premier ministre, il l’a été encore plus de limoger celui-ci. La faute sans doute à une Constitution compliquée qui a été façonnée par Andry Rajoelina et consorts pour s’assurer que le chef du gouvernement soit issu du MAPAR ou du TGV. Le fameux article 54 dont personne ne tient plus vraiment compte à force d’être piétiné n’a finalement pas raison d’être. Il aurait fallu juste annoncer que le président nomme le premier ministre. La loi de la majorité et la possibilité de déposer une motion de censure devraient équilibrer naturellement les choses à l’Assemblée nationale sans que la loi fondamentale ne s’en mêle.

La Constitution va jusqu’à protéger le premier ministre contre un éventuel limogeage en mettant des conditions que le président de la République peut difficilement assumer sur le plan politique. « C’est la Constitution qui m’a conduit à cette fonction, disait le premier ministre Ravelonarivo comme s’il avait été issu d’un parti qui a la majorité à l’Assemblée nationale. C’est la Constitution qui doit me faire partir ». Accuser le chef du gouvernement de fautes graves est délicat pour le chef de l’Etat. Roger Kolo a accepté de partir parce qu’on lui avait promis le poste du président du Sénat. Qu’a-t-on donné ou promis à Jean Ravelonarivo ?

Quid de la formation d’un nouveau gouvernement

Durant la guerre froide avec le premier ministre, l’entourage du président de la République a sondé le terrain sur un possible retour à l’article 54. Cela supposerait la formation d’un nouveau ticket avec Andry Rajoelina qui aura enfin le privilège de désigner un premier ministre alors qu’on doute qu’il soit lui-même disponible pour le poste. Le MAPAR se serait montré réticent. D’autant que le HVM par le biais du Sénat préparerait une révision de la Constitution pour empêcher Andry Rajoelina, âgé de moins de 45 ans en 2018, d’être candidat à la prochaine présidentielle. D’où cette inattendue proposition d’un lot de consolation qu’est la possibilité de choisir le premier ministre.

Le HVM devrait tester sa majorité de transfuges pour proposer enfin un premier ministre. Le ministre d’Etat Rivo Rakotovao se comporte déjà comme s’il était le chef du gouvernement, aimant rappeler à tout va que le « Fanjakana » ou l’Etat c’est lui. La légitimité d’avoir une majorité des maires et des sénateurs serait-elle suffisante pour valider la majorité artificielle chez les députés ? Il ne reste plus au président qu’à trouver une personne qui puisse faire l’unanimité afin que sa fin de mandat soit paisible. Difficile d’imaginer un quatrième premier ministre avant 2018.

Angelo Rakotonirina toujours pressenti

Pour le moment, le dénommé Angelo Rakotonirina est en embuscade. L’homme a fait preuve de discrétion mais n’a jamais renoncé à une éventuelle nomination au poste de premier ministre. Non sans humour, il signe ses SMS avec deux lettres : PM. Ce candidat pressenti à la primature a un profil qui satisfait tout le monde. Il a été militaire, un colonel, ce qui devrait rassurer les pro-militaires. L’homme est un énarque donc a la capacité de diriger le pays, beaucoup mieux qu’un médecin spécialiste en radiographie ou un général ancien pilote d’hélicoptère. Jean Ravelonarivo a réussi dans les affaires et a un diplôme en gestion. Cela n’a pas fait de lui un bon premier ministre.

Angelo Rakotonirina, lui, a été formé pour diriger un pays, même si on le reproche une certaine proximité avec la France. Cela a toujours été le cas pour les premiers ministres malgaches dont nombreux ont la nationalité française ou sont de formation française. L’énarque devra composer un gouvernement de techniciens. On ne devrait plus revoir les chefs de parti notamment dans les ministères techniques. Les alliés lors du 2ème tour des élections présidentielles de 2013  risquent d’être débarqués du gouvernement, à moins que le président ne les retienne en vue de 2018. Hery Rajaonarimampianina pourrait sortir un nouveau nom du chapeau pour désigner le PM qui l’aidera à bien finir un mandat toujours au point de départ.

A. Herizo