Jeudi , 14 décembre 2017
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Réconciliation nationale, des résolutions qui divisent
Le président du FFM, les chefs d'églises de la FFKM et les présidents Rajaonarimampianina, Ratsiraka et Ravalomanana

Réconciliation nationale, des résolutions qui divisent

Après un véritable coup d’éclat, l’effet d’annonce des résolutions des assises pour la réconciliation nationale à Ivato s’est nettement dissipé. La légitimité et la légalité d’une telle assemblée font débat alors que l’enjeu est d’une importance capitale pour l’avenir du pays. Pour une supposée refondation, faut-il dissoudre ou réorganiser les institutions déjà en place au risque de créer une nouvelle instabilité.

Pour reconstruire, il faut détruire, c’est un peu l’esprit des résolutions des assises de la réconciliation nationale. Pour sauver la face, seul le président de la République serait épargné. Demi-mesure ou pragmatisme, cette décision semble arranger les camps des trois « présidents ». L’ancienne mouvance Ratsiraka est de retour aux affaires et affichait un certain dynamisme pour mettre en place lesdites résolutions. Marc Ravalomanana est remis sur selle parce qu’il a été le seul à reconnaître sa faute et à demander pardon comme le voulait le FFKM.

Les deux mouvances des anciens présidents sont aussi bénéficiaires de l’indemnisation des victimes des crises de 2002 et 2009 censée compenser les entreprises pillées et les familles endeuillées. Sur ce denier plan, les pro-Rajoelina ont quant à eux des martyres tombés lors de la tentative de la prise du palais présidentiel dans le cadre du « coup d’Etat militaro-civil » de 2009. L’AV7 a déjà été indemnisée par l’Etat mais ne devrait pas être écartée dans le cadre de la réconciliation nationale, si le fonds d’indemnisation est réellement constitué.

Hery Rajaonarimampianina est conforté en tant que numéro un du pays malgré un contexte qui pourrait ressembler à une nouvelle transition. Les absents ont toujours tort. Andry Rajoelina est le grand perdant puisque la transition qu’il a menée sera effacée de l’histoire par une nouvelle transition déguisée. Le parti TGV et le Mapar risquent aussi de ne plus être aussi bien représentés qu’aujourd’hui dans une assemblée constituante. Albert Zafy a juste perdu l’occasion de confirmer qu’il était le « père » de la réconciliation nationale. L’avenir politique de sa mouvance ou de son parti UNDD sera aussi terne que ces dernières années.

Est-il possible d’appliquer ces résolutions ?

Les opposants et l’ensemble des députés soucieux de préserver leur siège regrettent que le chef de l’Etat ait apposé sa signature sur ces résolutions. La réaction a été épidermique puisqu’on a évoqué au lendemain même de la déclaration officielle l’éventualité de voter un empêchement du président de la République. Le premier ministre dont le gouvernement doit passer pour la première fois devant les députés a calmé le jeu. « Ce n’est qu’une résolution, cela ne veut pas dire que toutes les institutions seront dissoutes », a relativisé Jean Ravelonarivo.

De son côté, le président Rajaonarimampianina ne s’est pas ému de la menace des députés. En tout cas, la Constitution le permet de dissoudre l’Assemblée nationale. Par contre, il n’est pas écrit que cette dernière peut être remplacée par une assemblée constituante qui intègrera les anciens députés élus et quelque 300 autres personnalités. Cette volonté d’effacer une 4ème République concoctée jadis par Andry Rajoelina pour garder le pouvoir va inévitablement emmener le pays dans une situation d’extra-constitutionnalité. Avec cette refondation, l’actuel parti au pouvoir HVM aura l’opportunité d’avoir enfin ses propres députés et de construire un gouvernement sans devoir composer avec des clubs de service ou des cercles d’intellectuels sortant d’un centre d’études.

A. Herizo