Mardi , 12 décembre 2017
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Rivo Rakotovao : un discrédit qui coûte cher au pouvoir
De dr. à g. : Hery Rajaonarimampianina, Jean Ravelonarivo et Rivo Rakotovao, le trio de tête de l'Exécutif

Rivo Rakotovao : un discrédit qui coûte cher au pouvoir

Qu’est-ce que Rivo Rakotovao, le ministre d’Etat chargé des Infrastructures a pu communiquer lors de ce conseil de gouvernement pour que sa communication relative aux modalités de rattachement des sociétés commerciales à participation publique passe au dessus d’une loi. La réaction a été épidermique pour le directeur général du Trésor. Orlando Robimanana a mobilisé tous ses collaborateurs pour contrer la tentative, ou le forcing selon les autres, de décaisser 40 milliards d’ariary des recettes réalisées par le Port de Toamasina. Peu importe que cet argent soit destiné à financer les réparations urgentes des rues de la capitale. Cette affaire risque de nuire un peu plus à l’image du régime.

Malgré les explications tardives, les précisions et les déclarations de bonnes intentions, le mal est fait. Rivo Rakotovao est décrit comme un super ministre qui se croit être au-dessus des lois en essayant de s’adjuger le contrôle des sociétés d’Etat ou de participation publique pour disposer comme il veut des recettes. Le numéro 2 du gouvernement subit un déferlement de critiques sur les 40 milliards d’ariary à prélever dans les recettes du Port de Toamasina qu’il aurait ordonné au Trésor public de verser dans le Fonds d’entretien routier. D’autant que le budget nécessaire pour l’utilisation annoncée est de 11 milliards d’ariary. L’affaire a pris de l’ampleur quand les employés et la direction du Trésor public ont manifesté une virulente opposition à ce qu’ils considèrent comme un abus. A la pairie générale, on faisait bloc contre un présumé ultimatum de 24h à l’issue duquel le Directeur général Orlando Robimanana serait limogé.

Après le battage médiatique, Rivo Rakotovao a essayé de tempérer les choses. Même un ministre d’Etat n’a pas le pouvoir d’ordonner un tel décaissement, a-t-il déclaré sur une chaîne privée proche du pouvoir. Il n’aurait fait que formuler la demande auprès du Trésor public, justifiant l’état d’urgence dans lequel se trouve le pays. Ce qui focalise l’attention sur le contenu non public de la communication qu’il a faite au conseil de gouvernement sur les modalités de rattachement des sociétés commerciales à participation publique. Veut-il ou peut-il vraiment prendre le contrôle des sociétés d’Etat pour donner à son département les moyens de réaliser ses promesses de remettre en état les infrastructures. Pour la direction du Trésor, une simple communication ne saurait changer les dispositifs de la loi 2014-014.

Une loi contre l’ingérence et la réquisition 

« L’objectif de cette nouvelle loi est d’améliorer la gestion des Sociétés à participation publique et de les rentabiliser. Le Trésor Public pourra exercer objectivement et pleinement son rôle d’actionnaire au sein de ces sociétés, de faire cesser les interventions intempestives des tutelles techniques, qui seront appelées à collaborer étroitement avec le représentant de l’Etat Actionnaire, et enfin d’éradiquer définitivement la mainmise des autorités étatiques dans leur gestion ». Cette loi permet donc de distinguer l’Etat puissance publique de Rivo Rakotovao à l’Etat actionnaire d’Orlando Robimanana. Ce dernier doit aussi se référer à une autre loi 2003-036 « sans qu’aucune autorité publique ne puisse s’ingérer dans la gestion de ces sociétés ».

Selon un conseiller économique du président de la République, cette affaire ne devrait pas dégénérer, car il suffit de clarifier les choses et se conformer aux procédures. Il ne cautionne pas le motif d’urgence évoqué par le ministre d’Etat pour passer outre la procédure. Par contre, il s’indigne de la réaction de la direction du Trésor qui fait une démonstration de force excessive, comme un petit Etat dans l’Etat. Le débat doit être élargi sur la prérogative de la puissance publique à utiliser l’argent de l’Etat. En tout cas, des députés ont pris position en faveur du personnel du Trésor Public et veulent défendre une loi qu’ils ont votée pour rétablir l’orthodoxie financière. Son statut d’ami personnel du chef de l’Etat et président du parti HVM est finalement préjudiciable à Rivo Rakotovao, l’homme fort et le plus contesté du gouvernement.

A.H