Samedi , 16 décembre 2017
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Communales : une attente interminable, des victoires incertaines
Les époux Marc et Lalao Ravalomanana en reconquête d'Antananarivo

Communales : une attente interminable, des victoires incertaines

Il faudra compter 50 jours après le scrutin du 31 juillet 2015 pour que les communes de Madagascar connaissent leur nouveau maire. Plus d’un mois et demi d’incertitude qui relativise de facto le verdict des urnes suspendu à la décision du tribunal administratif. Pendant ce temps, le parti du pouvoir continue sa bataille pour arracher quelques grandes villes de la main des Mapar, alors qu’il n’y a plus rien à faire à Antananarivo, suite à la déroute du candidat Hery Rafalimanana. Pour Lalatiana Rakotondrazafy, la bataille continue pour disqualifier « Neny » et priver Lalo Ravalomanana de sa victoire.

Pour une élection de proximité, on ne s’attendait pas à un aussi long délai pour la proclamation des résultats. A Fianarantsoa, c’est bel et bien le Mapar qui a eu le plus de voix avant que la CENIT locale ne tranche mystérieusement pour l’annulation de résultats issus de trois bureaux de vote, entérinant ainsi la victoire aussi provisoire qu’incomplète du HVM. La manipulation est grossière, mais la fin justifie les moyens. C’est l’un des dossiers les plus difficiles que le tribunal administratif a jugés. Ce dernier va-t-il rétablir la vérité des urnes et oser priver le parti du régime d’une victoire tant convoitée dans une grande ville.

A Antsiranana et Mahajanga, la défaite du HVM est nette, le MAPAR de Andry Rajoelina y a triomphé. Un mois après le scrutin, l’assurance de la victoire a presque disparu. L’issue de la bataille judiciaire est incertaine quand on a en face un parti présidentiel mécontent de ne pas avoir atteint son objectif de 1000 mairies et frustré d’avoir perdu la face dans les grandes villes du pays. Le MAPAR affiche même une attitude prudente à Toamasina où elle a écrasé la concurrence. La tendance dans les communes périphériques des grandes villes est la solidarité des autres candidats contre celui du HVM qu’ils accusent d’avoir abusé de l’autorité de l’Etat et d’avoir enfreint le code électoral.

Antananarivo est au centre des attentions avec le duel Lalatiana Rankotondrazafy vs Lalao Ravalomanana. Malgré sa cinglante défaite, la candidate officieuse du MAPAR ayant porté la tunique rouge de l’Association Freedom revendique son droit de porter plainte pour non-respect des règles du jeu par sa grande rivale. Elle reproche à la candidate du TIM d’y avoir inscrit le mot « NENY », estimant que c’est un surnom par lequel on reconnait Lalao Ravalomanana et qui n’a rien à faire dans un bulletin utilisé pour voter une liste et non une personne.

Selon Me Hanitra Razafimanantsoa, l’avocate politique du parti, le bulletin unique a été reconnu comme n’enfreignant pas les règles par la CENIT et que Freedom devrait porter plainte contre l’organisateur du scrutin. Effectivement, le visuel de la candidate Lalao Ravalomanana et de son parti TIM a fait l’objet d’un débat au niveau de la CENIT. « On a estimé que ce bulletin n’enfreint pas la règle qui consiste à ne pas y afficher le nom, ni le prénom, ni la photo du candidat », a confié un membre de la CENIT. Il fallait ou faudrait changer ce dispositif en y ajoutant le surnom.

C’est vrai qu’il y a beaucoup de personnalités politiques connues pour leur surnom. La décision du tribunal administratif sera historique et fera jurisprudence. A rappeler que cette interdiction de mettre en avant la personne a été une stratégie du HVM qui avait le monopole de la propagande durant plus d’un an sans avoir pu embrigader les personnalités qui ont de vraies notoriétés politiques dans leur commune. La preuve que le calcul politique finit toujours par créer un problème de droit.

A. Herizo