Lundi , 18 décembre 2017
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Inondation : non-assistance à une population en danger
L'inondation vue de l'hélicoptère par le chef de l'Etat qui va décaisser quelque 25 milliards d'ariary

Inondation : non-assistance à une population en danger

Antananarivo et ses environs sont en train de se noyer, engloutis dans une marrée d’eau jaunie et malveillante mélangée avec des eaux de pluie salies par toutes les impuretés imaginables.  « On a besoin de solution et non pas d’aide », cette phrase hurlée par une sinistrée manifestante est devenue culte. Les habitants des bas quartiers ont crié leur ras-le-bol face à leur déplorable situation et devant l’indifférence du pouvoir public. Dans les périphéries, les sinistrés sont plus stoïques devant la furie de la nature et l’impuissance de l’Etat à les protéger ou à les secourir.

 

"La situation est grave", selon Hery rajaonarimampianina (Ph PRM)

« La situation est grave », selon Hery rajaonarimampianina (Ph PRM)

Quand une alerte rouge sur une inondation généralisée et des éboulements a été décrétée, les habitants ont eu du mal à le croire. Pas de cyclone, du soleil, des pluies peu fréquentes et encore moins d’averses, Antananarivo et ses environs n’ont-ils pas pris la menace au sérieux, espérant que les eaux allaient se retirer.  « Nous avons annoncé cette menace depuis octobre dernier », répétait sur plusieurs chaines de télévision la responsable de communication du ministère en charge de la Météorologie. S’adressait-elle à des sinistrés coupables de ne pas avoir quitté leur habitation ou au gouvernement qui n’a rien fait pour protéger la population ?

« Le gouvernement annonce que le pays est dans un état d’urgence ». Le premier ministre a lancé un appel à l’aide. « C’est décourageant, commente Rasolo, 52 ans, un sinistré de Soavina. On attend de l’aide du gouvernement qui lui aussi a besoin d’aide ». L’homme a tout perdu dans la montée des eaux, sa maison, ses animaux et la récolte de ses deux rizières. « Nous avons été des paysans qui gagnaient bien leur vie et nous voilà plongés dans un trou profond de la pauvreté », soupire-t-il. Il est remonté contre les responsables publics qui n’ont rien fait pour éviter la catastrophe et dénonce une forme de favoritisme. « Comme de solutions pérennes n’ont jamais été adoptées, il faut sacrifier certaines zones pour épargner d’autres », soupçonne-t-il.

Quelles solutions pour éviter les inondations ? 

Dans la ville d’Antananarivo, les solutions sont simples, mais difficiles à appliquer : ouvrir le passage des canaux d’évacuation et préserver les zones de tampon. Le problème est que des constructions remettent en cause ces deux paramètres. « Des riches se permettent de fermer les canaux », se lamente Jean Chris, habitant d’Ampefiloha Ambodirano. Il se demande pourquoi le fokontany ni la mairie n’osent intervenir. Il déplore que les autorités n’aient pas trouvé mieux qu’une petite motopompe pour sauver les habitants des eaux.

« Notre situation ne préoccupe personne, on ne peut pas vivre cette situation plus longtemps », témoigne Sahondra qui vit avec 40 cm d’eau dans la maison depuis 3 semaines. « Ça avait un peu baissé mais à la moindre pluie, on est en danger, raconte-t-elle. Mes trois enfants dorment sur le lit supérieur du superposé tandis que mon mari et moi dormons sur des tables ». Grippe, toux, diarrhées, plaies sur les doigts du pied… la petite famille n’a pas les moyens de se soigner.  Sur le bord de la Sisaony, les digues ont cédé. « Il suffit de quelques mètres pour que la situation dégénère, souligne un agriculteur. On avait signalé aux autorités locales que des réparations étaient nécessaires, mais elles n’ont pas les moyens. Au moins 500 ha de rizières sont inondés ».

Le fleuve Ikopa est un danger permanent, en particulier quand ses affluents, dont Siasaony et Mamba le rejoignent. L’arrêt des remblayages des zones ou bassins de retenue est désormais vital pour freiner les eaux de pluie. Le danger est inévitable du côté de Bevomanga ou le passage se resserre.  Il faudrait élargir à ce niveau ou créer un canal de dérivation pour éviter que l’eau ne revienne en amont et provoquer des innovations. Un peu plus loin, à Farahantsana, des blocs de granit freinent aussi le cours d’eau avant de tomber dans une chute. Ce barrage naturel ne devrait toutefois pas être détruit sous peine d’une conséquence écologique plus grave.

A.H