Samedi , 16 décembre 2017
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Les bajaj en grève, Mahajanga et son petit chaos des transports urbains
Le bajaj est roi dans les rue de Majunga

Les bajaj en grève, Mahajanga et son petit chaos des transports urbains

Ingérables, incontrôlables, irrespectueux des règles et dangereux pour leurs détracteurs. Pratiques, bon marché et rapides pour leurs défenseurs. Les bajaj partagent l’opinion dans la ville de Mahajanga. Ce moyen de transport décrit comme un mototaxi est à la source d’une crise sociale et économique qui mobilise toutes les autorités de la capitale de la région Boeny. 

Les conducteurs de Bajaj ont franchi un pas dans la guerre des transports urbains à Mahajanga. Ils ont observé une grève d’avertissement devant l’Hôtel de Ville. Leur association, faute de syndicat, est relativement puissante puisque le nombre des membres dépasse le millier. Ils réclament la sortie de fourrière des véhicules ayant fait l’objet de contravention. L’enjeu économique pour ces professionnels du transport est de cohabiter avec les taxis et les pousse-pousses. Par contre, il n’y a pas de tension avec les taxis collectifs ou taxi-be. Les tuk-tuks sont frappés d’un couvre-feu à partir de 20 h. 

Un objectif de 130 passagers par jour

La nuit, les usagers ont le choix entre les pousse-pousses qui facturent à 1500 à 2000 ariary le trajet contre 4000 ariary la course pour les taxis.  Evidemment, avec 500 ariary, les bajajs sont très compétitifs. La police sanctionne ceux qui roulent encore après 20h et mettent le véhicule en fourrière. Comme l’amende n’est pas assez dissuasive, les autorités ont décidé de retenir jusquà10 jours les véhicules contrevenants. Cette mesure a permis de faire respecter le couvre-feu, mais elle n’est pas vraiment conforme aux législations en vigueur.

« On travaille au jour le jour, on doit gagner ce que notre famille va manger. Un aussi long arrêt est fort préjudiciable », se plaint Martin, 30 ans. Le manque à gagner est plus conséquent pour son patron qui doit percevoir 32 000 ariary par jour. « Il y a eu une discussion assez tendue avec le propriétaire, car il a tenté de me faire payer le versement journalier alors que le bajaj est en fourrière », raconte le conducteur. Pour lui, d’ici peu, ce métier ne rapportera plus assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille. « Il faut transporter au moins 130 passagers pour ramener un peu d’argent à la maison, c’est de plus en plus difficile avec le prix de l’essence ». Ce sont les riches propriétaires qui profitent de ce business.

Une affaire qui ne roule pas pour les conducteurs

Un bajaj, une appellation qui vient du nom du constructeur indien Bajaj Auto, peut transporter trois passagers. Même si le conducteur n’a qu’un seul client à bord, il doit le mener à destination. La stratégie est donc de rouler à vive allure dans la ville pour faire le maximum de courses.  Ce moyen de transport est victime de son succès. Au départ, leur nombre ne devait pas dépasser la cinquantaine. Aujourd’hui, ils sont plus de 1200 alors que de nouvelles importations ont lieu. Les taxis ont fermement contesté cette invasion qui leur prive de leur gagne-pain. Charly, 55 ans et plus de 30 ans de métier, ne décolère pas derrière le volant de sa Renault 12. « On ne travaille plus que la nuit et là, ils essaient encore de nous voler en roulant malgré l’interdiction », s’insurge-t-il.

Pour Félix, un ancien chauffeur de taxi-brousse reconverti au bajaj, la survie de son nouveau métier est une préoccupation. « On doit baisser nos tarifs pour que les gens arrêtent de prendre le taxi-be pour un trajet en centre-ville, dit-il. On fera gagner du temps aux passagers ». Pas sûr que les coopératives de minibus se laissent faire. En tout cas, le tribunal administratif de la ville a statué pour la libre concurrence. Malgré tout, la commune urbaine de Mahajanga doit règlementer le secteur transports pour éviter une crise sociale.

AH