Mardi , 18 septembre 2018
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Après la fermeture de la Pêcherie de Nosy-Be, le secteur de la pêche se déprofessionnalise. C’est un paradoxe puisqu’ils sont nombreux à en faire leur métier après que les autres secteurs d’activité comme le tourisme et l’industrie sucrière ont eux aussi lâché de nombreux emplois. L’île aux parfums est consommateur de produits halieutiques et non pas un producteur, elle s’approvisionne dans les zones d’Ambanja et d’Ambilobe. Les pêcheurs font pourtant partie du paysage.

Nosy-Be : une île sans pêcheurs n’en serait pas une

En début d’après-midi, sous un soleil de plomb, la petite embarcation de pêcheurs débarque sur la plage. A bord, deux hommes, père et fils. « La pêche a été bonne mais pas autant que nous le souhaitions. Il faut aller très loin au large si on veut avoir de la quantité, ce que nous ne pouvons pas avec notre pirogue », déclare Martin. A 50 ans passé, il est devenu pêcheur professionnel sur le tard après avoir travaillé dans l’industrie de la canne à sucre. « On a toujours pêché, mais c’était plus un loisir de dimanche ou pour notre consommation. Fort heureusement. Quand j’ai perdu mon emploi, la conversion était naturelle », dit-il. L’homme se fait du souci, car il doit prendre plus de risque. « Si on ne ramène pas plus de 10 kg de poisson, c’est comme si on travaillait pour rien. Mais nous vendons toutes nos prises alors on arrive à vivre convenablement au jour le jour. Les meilleurs jours, la mer nous donne jusqu’à 50 kg de poissons ».

Pour Martin, la pêche est devenue une activité trop fatigante. « Je pêche avec mon fils pour lui apprendre le métier, qu’il puisse en vivre confortablement. Dans deux ou trois ans, je me retirerai ». Pas question toutefois de quitter le monde de la pêche. « Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment, avec mon âge, il sera de toute manière difficile de trouver du travail », confie le pêcheur. L’homme veut devenir négociant en poisson et vendre des produits frais aux hôtels : « c’est très important que les hôteliers et les restaurateurs achètent nos poissons, comme ils sont très exigeants, cela nous oblige à améliorer notre technique de pêche pour leur donner les produits qui sont vendables ».

Tous les nouveaux pêcheurs n’ont pas eu la même relation avec la mer qu’a eu Martin, ni le sens du professionnalisme et du commerce. « Le problème est que les nouveaux pêcheurs ne font même pas de la pêche artisanale. Ils ne font pas non plus de pêche traditionnelle puisqu’ils n’ont jamais eu la vocation d’être des gens de la mer », déplore le chef de la circonscription de le Pêche et des Ressources halieutiques de Nosy-Be. Alain Jaosedy se réjouit toutefois que la mer ait été une solution pour le chômage. « Ce qu’il nous faut, c’est un centre de formation de pêche, or ce centre est lui aussi fermé, a-t-il déploré. Il y a un projet de réouverture du CFP pour apporter des aides aux paysans et faire évoluer les choses ». Selon ce responsable, les pêcheurs vendent à bas prix car il n’y a aucune valeur ajoutée. « Il pourrait faire du poisson fumé ». Un changement de mentalité serait nécessaire sur cette île réputée pour ses pudiques plaisirs. « Auparavant, un pêcheur dépensait le jour même sa recette en allant dans un bar ou en trouvant une femme », souligne le chef de la circonscription qui rappelle l’importance d’être un bon gestionnaire.