dimanche , 5 décembre 2021
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Les premières véritables tensions suite au retour au pays de l’ancien président de la République ont fait leur apparition lors de la manifestation réprimée sans ménagement par les forces de l’ordre. Les éléments de l’Emmo-Reg sommé de faire des arrestations devaient trouver un leader pour porter le chapeau, c’est chose faite. Les politiciens et députés proches de Marc Ravalomanana ne se sont pas présentés à cause de l’autorisation refusée par la préfecture de Police.

Première répression réussie pour le régime Rajaonarimampianina

Inaugurée par Andry Rajoelina, la place d’Ambohijatovo est et restera le tombeau de la démocratie sous Hery Rajaonarimampianina. Dans la matinée d’un samedi annoncé comme mouvementée, les éléments de l’Emmo Reg étaient déjà postés devant le grand portail. Ils étaient seulement une trentaine pour établir un périmètre de sécurité, un nombre qui était justifié par celui de la petite foule qui attendait que l’heure de la manifestation sonne. Les renforts attendaient dans des camions garés à quelques mètres. Dans les quartiers environnants comme Ambatonakanga, des détachements patrouillaient pour anticiper toute arrivée massive de manifestants.

En fin de matinée, la première « sakoroka » de l’ère Rajaonarimampianina a commencé quand les forces de maintien de l’ordre ont éparpillé la foule à coup de gaz lacrymogène. « Il n’y a pas eu de manifestation, c’est l’Emmo Reg qui a déclenché les hostilités. On attendait juste là, on n’allait pas prendre possession de la place de la démocratie interdite », déclare Alain, 34 ans. « J’étais un habitué des meetings du Magro jusqu’à ce que je retrouve du travail, dit-il. Aujourd’hui, c’est naturel pour moi si je manifeste mon soutien au président Ravalomanana ». Ce qui a failli lui valoir une arrestation. « Quand on a été chassé par les gendarmes, j’ai été particulièrement visé, car je portais un tee-shirt avec la photo de Marc Ravalomanana sous ma chemise, j’ai vite reboutonné durant la fuite ».

Pour les manifestants, l’excès de zèle des forces de l’ordre a été évident. « Ce n’était plus de la dissuasion, mais de la répression pure et simple, regrette Rasolonirina qui raconte « une journée de folie ». Selon lui, « le régime a voulu montrer sa force ». A Analakely, les non-manifestants ont l’habitude d’adresser leur reproche aux militants et aux fauteurs de troubles qui s’infiltrent. Pour cette première manifestation, c’était les forces de l’ordre qui suscitaient le plus de mécontentement. « Pourquoi ils n’utilisent pas leur force contre les dahalo au lieu de réprimer les gens qui veulent s’exprimer, cela n’aurait jamais dû dégénérer », assène une commerçante. Son collègue était en larmes à cause de la fumée et de la colère. « L’Emmo Reg nuit à notre gagne-pain avec leur gaz lacrymogène, on ne peut pas travailler comme cela, les marchands et les clients doivent aussi s’éparpiller », s’emporte-t-il.

Les avis étaient toutefois partagés sur cette intervention musclée. « C’est compliqué, car les manifestants érigent des barrages ou brûlent des pneus pour protester, c’est pareil dans le monde entier. Cela reste une provocation et c’est ce que les forces de l’ordre attendent pour recourir à une stratégie violente », analyse un ancien salarié du groupe Tiko qui dit avoir été « présent mais avec une certaine distance ». Un policier en route pour rejoindre son commissariat a prédit l’évènement. « Tous les éléments sont consignés aujourd’hui, a-t-il confié. L’Emmo Reg est décidé de procéder à des arrestations, on ne sait pas comment les choses vont évoluer ».

Le commandant de la Gendarmerie à Antananarivo est tout heureux d’avoir pu arrêter un « leader ». « C’est un ancien membre du Congrès de la transition, il est aujourd’hui attaché parlementaire, cela prouve son que c’est un leader potentiel de la manifestation », a-t-il déclaré. Ce politicien a en effet réussi à mener la foule à Analakely quand la répression commençait à Ambohijatovo. Une autre personne a été arrêtée pris sur le vif à ériger un barrage. Dans cette « sakoroka », on déplore un blessé par accident qui a eu le malheur d’avoir deux doigts sectionnés. La réponse des forces de l’ordre a été motivée par le cri de désespoir de Lalao Ravalomanana sur le traitement réservé à l’ancien président. « Je suis pour l’apaisement, mais on est face à une totale injustice », a-t-elle martelé. On s’attendait donc à une manifestation relativement massive. Les politiciens et députés de la mouvance Ravalomanana n’étaient pas présents. « Nous avons décidé de ne pas venir puisque la manifestation n’a pas été autorisée, on veut rester dans le respect de la loi », s’est exprimé Guy Rivo Randrianarisoa.