Jeudi , 14 décembre 2017
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Affaire bois de rose : on ne peut plus faire comme si de rien était
Trafic de bois de rose ? L'on ne va pas nous dire encore que ce n'est qu'une rumeur ! (Ph. Mouvement des citoyens malagasy de Paris)

Affaire bois de rose : on ne peut plus faire comme si de rien était

« Le problème avec les dirigeants malgaches, c’est l’inertie ». Le constant vient d’un diplomate issu d’un organisme partenaire et bailleur de fonds du pays. Le dossier « bois de rose » est l’un des domaines dans lequel une réaction et une action du président de la République et du gouvernement sont attendues. La communauté étrangère se montre plus exigeante que les malgaches eux-mêmes à propos de la dilapidation des richesses naturelles du pays. La société civile à vocation écologique s’insurge.

La conférence-débat sur le thème « La législation et les règles de la justice environnementale à Madagascar : une vision sur le long terme et des faits d’actualité. Quel futur pour la biodiversité malgache ? » dans le cadre de du « Word Wildlife Day » a permis à la société civile d’alerter l’opinion sur la gestion calamiteuse du dossier bois de rose par les tenants du pouvoir. Combien de fois des dirigeants du pays et de riches opérateurs économiques ont-ils été cités dans une affaire de trafic de bois de rose. Aucun n’est tombé dans les mailles d’une justice devenue passoire malgré la création d’une chaîne pénale spécifique. C’est donc avec un grand intérêt que les simples citoyens suivent l’évolution d’une affaire judiciaire à Singapour où 30 000 rondins de bois de rose ont été saisis.

Y a-t-il une connivence ou une complicité dans les hautes sphères de l’Etat ? La justice n’a-t-elle plus d’indépendance au point de libérer le seul gros poisson attrapé par le BIANCO. En tout cas, la mise en liberté du suspect Bekasy continue à faire parler. Cette affaire illustre une réalité surprenante : le trafic de bois de rose n’a jamais été aussi prolifique que dans cette 4ème république. Environ 12 000 m3 de bois auraient été exportés illicitement en 2014, c’est bien plus que la moyenne annuelle durant la Transition où il y avait une certaine déliquescence de l’Etat propice aux trafics de grande envergure. A l’époque, le volume de bois de rose exporté par les trafiquants était estimé à 7000 m3 par an. Auparavant, le trafic représentait 1000m3 de bois par an.
L’évolution de ces chiffres n’est pas forcément à lier à l’évolution de la corruptibilité des dirigeants du pays ni à la légitimité ou la légalité du pouvoir. C’est un commerce comme un autre qui obéit à la loi de l’offre et de la demande. La recrudescence du trafic correspond à l’explosion de la demande notamment de la Chine qui a décidé de préserver ses essences précieuses. C’est donc les forêts primaires de la Grande Ile qui sont pillées pour répondre à ce besoin des chinois. Les partenaires techniques et financiers de Madagascar s’irritent de plus en plus de l’absence de réaction de l’Etat.

Le premier ministre Jean Ravelonarivo a beau clamer ne pas laisser tomber l’affaire qui mettrait pourtant en cause son prédécesseur et le ministre de l’environnement de l’époque. Sa position est interprétée comme relevant d’un chantage politique pour s’accrocher à son fauteuil plutôt que d’une réelle volonté de mettre les coupables aux mains de la Justice. La présence dans le gouvernement de l’une des personnes citées dans l’affaire, même si c’est à un autre poste, suscite des questions. En tout cas, le premier ministre n’a pas demandé la révocation de ce ministre, par solidarité gouvernementale ou par la présomption d’innocence, nul ne le sait.

La société civile demande aux bailleurs de fonds de mettre la pression sur le gouvernement pour que la vérité éclate enfin sur le trafic de bois de rose, quitte à bloquer les financements. La détermination de la justice singapourienne à aller jusqu’au bout est une opportunité sans précédente. Ce n’est pas la première fois que des cargaisons de bois de rose de Madagascar ont été saisies à l’étranger. Auparavant, l’affaire n’a jamais pris une tournure judiciaire, du moins pas de la même ampleur. La loi relative à la mise en place de la chaîne spéciale de lutte contre le trafic de bois de rose a été déjà votée à l’Assemblée nationale, mais le décret d’application est étrangement retardé. De toute manière, cette loi ne sera pas rétroactive. Un prétexte tout trouvé pour garantir l’impunité à un politicien dans le camp du pouvoir.