Samedi , 16 décembre 2017
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Air Madagascar : les syndicats solidaires contre le pouvoir
Les grévistes d'Air Madagascar reçoit le soutien des syndicats

Air Madagascar : les syndicats solidaires contre le pouvoir

Mater à tout prix le mouvement syndical sans entrer dans un débat embarrassant, c’est la stratégie du pouvoir qui contrôle la compagnie aérienne par des hommes de son parti. L’audition transformée en garde vue puis en déferrement au parquet du leader syndical Rado Rabarilala provoque l’indignation de syndicalistes de tous bords et des défenseurs de l’Etat de droit.

Samedi, au lendemain de la fête nationale, sept salariés grévistes de la compagnie Air Madagascar ont été entendus par la police économique. Six ont pu regagner leur domicile. Le leader et le porte-parole du mouvement, le commandant Rado Rabarilala, a été placé en garde à vue. « C’est scandaleux, ils convoquent la personne pour une audition pour l’arrêter ensuite », s’emporte Me Willy Razafinjatovo. Selon l’avocat des salariés grévistes, la police aurait dû procéder à une arrestation d’une autre manière s’il y avait des charges contre le leader syndical. Il déplore une manœuvre d’intimidation par une perquisition du domicile du pilote. « Ils peuvent chercher, ils ne trouveront rien, mais cela reste inacceptable ». D’après des indiscrétions, les policiers auraient été à la recherche d’une preuve qui attesterait que des donneurs d’ordre tirent la ficelle derrière le pilote. En tout cas, ils n’ont pas réédité l’exploit de trouver des cartons remplis de « 248 millions d’ariary » ni quoi que ce soit de compromettant à présenter à la presse.

Après avoir échoué à faire passer le mouvement de grève comme illégale, auprès d’une inspection de travail elle aussi en pleine revendication, l’Etat change de stratégie. Trois accusations sont portées contre le syndicaliste Rado Rabarilala : le sabotage économique, association de malfaiteurs et propagation de fausses nouvelles. Le ministre chargé des Transports a démenti être à l’origine de la plainte. En tout cas, il n’y a pas les habituels procès d’intention sur une hypothétique déstabilisation politique, un projet de création de trouble, voire un coup d’Etat. Pour Me Willy Razafinjatovo, il y a une instrumentalisation manifeste de la justice pour qu’un juge puisse agir de façon aussi inhabituelle. Les collègues et compagnons de lutte de Rado Rabarilala étaient présents au Tribunal, portant un ruban blanc pour se bâillonner la bouche, un signe de protestation de la violation de la liberté d’expression et de la liberté syndicale.

Solidarité intersyndicale contre l’Etat

Le régime en place n’a sans doute pas prévu que les autres syndicats puissent se joindre à ceux de la compagnie Air Madagascar pour défendre le principe de la liberté syndicale et de la liberté d’expression. Le syndicat des fonctionnaires donne un étrange ultimatum de 24 heures au chef de l’Etat pour qu’il fasse une réflexion et régler le problème. Un problème qui n’est plus la grève, mais la détention d’un leader syndical. « Même les dahalo ne sont pas poursuivis, pourquoi s’acharner sur un syndicaliste », a déclaré Florentin Ramamonjisoa. Les fonctionnaires seront-ils solidaires aux grévistes de la compagnie Air Madagascar et de leur leader, rien n’est moins sûr. Le secteur privé semble plus mobilisé sur la question. « Nous sommes solidaires avec le syndicat, car dans ce cas-ci c’est le droit syndical qui est bafoué », a affirmé Lalao Rasoamanana. Pour la militante du Fisemare l’Etat doit être un modèle dans le respect de ce droit. « Le secteur privé va se dire, ceux qui font la grève peuvent être jetés en prison », ajout-elle, soulignait que le mouvement chez Air Madagascar est spontané et volontaire, pas une chose que le syndicat peut imposer aux salariés. Les syndicats des Grands corps de l’Etat et de la Jirama affichent aussi leur solidarité.

Pour rappel, la grève des salariés d’Air Madagascar a été motivée par une mauvaise gouvernance de la compagnie, dénonçant des choix techniques et commerciaux douteux, des utilisations abusives des avions par le président et ses proches. Les grévistes réclament la tête du PCA, du DG, du ministre des Transports et du DG de l’ACM. La fuite sur l’éviction du directeur de cabinet de la présidence de la République, Henri Rabary-Njaka, du conseil d’administration a donné un peu d’espoir qui aurait pu faire baisser la tension et relancer les négociations. La nomination d’Eric Koller comme PCA d’Air Madagascar ne serait qu’ajournée. Elle sera la bienvenue si la stratégie de l’emprisonnement du leader syndical ne porte pas l’effet escompté. En tout cas, le régime HVM maintient à tout prix ses hommes, sans trouver la solution pour désamorcer la grève. Même si cela coute un demi de million de dollars par jour de grève à la compagnie.

A. Herizo