jeudi , 9 juillet 2020
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Campagne de litchi : l’effet entonnoir des stations de traitement
Des calèches transportant les litchis récoltés auprès de paysans producteurs

Campagne de litchi : l’effet entonnoir des stations de traitement

La file d’attente est longue et étonnamment variée. Des véhicules de tous genres et de toutes les tailles, des paysans mais aussi des collecteurs venus de toute la région Atsinanana se ruent vers les stations de traitement pour non pas traiter mais vendre leurs litchis. Ils y passent la journée et même la nuit. On peut se demander légitimement le grain de sable qui enraie le système de collecte dans la filière litchi.

Le soir de l’ouverture de la campagne de litchi, le 19 novembre 2015, une grande station située sur la RN2 est débordée à l’extérieur où attendent plus d’un millier de personnes. Leurs litchis sont déjà sur place à bord des camions, camionnettes, mini-bus, voitures utilitaires, calèches… Non loin, une autre station est beaucoup plus calme, prête à accueillir une douzaine de camions. « C’est une question d’habitude, il n’y pas de raisons de changer. Tout le monde propose le même prix, explique William, 38 ans, 15 campagnes de litchis derrière lui. J’aurais livré un peu plus loin si la station proposait un prix plus élevé ».

Dans l’enceinte de la station de traitement. L’organisation est quasi militaire. Dès l’entrée, la brigade d’une vingtaine d’agents de sécurité filtre le passage. Les producteurs qui viennent vendre leur litchi sont enregistrés et appelés par groupe. L’impatience est notable à l’extérieur. « On peut attendre quasiment 24 heures, déplore William. Vous avez pas mal de confort en restant dans la voiture, mais les autres sont plus qu’éprouvés ». Il n’y a pas de défaut d’organisation particulier. Le problème, c’est vraiment le nombre de producteurs et le tonnage à traiter. La capacité d’accueil et le temps disponible ne sont pas appropriés.

Le processus consiste à accueillir les litchis contenus dans des « garaba » et on verse le contenu dans une caissette spécifique. « Le poids est fixé de manière arbitrale et forfaitaire à 18 kg la caisse, dénonce un planteur. Je pense que cela devrait faire 25 kilos, on a pesé quelques lots ». Du côté du collecteur, on reconnait ce « petit écart » et on essaie de le justifier. « Il y a toujours des déchets, des fruits abîmés ou trop petits que l’on ne doit pas prendre en compte. Le poids indiqué est une sorte de convention, c’est établi et personne ne le remet en cause », explique un responsable chargé de réceptionner les litchis.

Le traitement qui se fait dans une station concerne le soufrage du litchi. Il s’agit d’asperger de soufre par une technique de combustion les fruits dans une salle hermétique. « On contrôle la quantité utilisée afin qu’il n’y ait pas de résidu sur les fruits, explique une technicienne de la Direction régionale du développement agricole. Certains pourraient penser que mettre plus de produit aide à conserver le litchi, mais ce n’est pas sain ». Dans la station, la vitesse d’exécution n’est pas phénoménale et les caissettes s’empilent. Le soufrage est systématique, il intervient donc avant le triage. « Il n’y a pas beaucoup de stations qui disposent de trieuse, on trie à la main », note la technicienne. Elle s’inquiète du calibre trop petit des fruits qui sont destinés à l’exportation. Une grande partie des litchis qui passent par une station aurait un diamètre de 28 mm.

Avoir des bons fruits et de la bonne taille donne au producteur un petit avantage. « On n’a pas à faire la queue, on vient avec le camion rempli de litchis et on nous ouvre le portail », déclare le responsable d’une plantation. Le collecteur qui est aussi l’exportateur est à la recherche de bons fruits, de grand gabarit, d’un bon niveau de brix, avec une bonne coloration. Le vrai sésame, c’est la certification « Globalgap » qui est une exigence de bonnes pratiques agricoles formulée par certains clients à l’étranger. Le passe-droit au portail devant les centaines d’autres planteurs ne prive pas les meilleurs producteurs de longue attente. Une cargaison livrée à 22 heures va sortir de la station de traitement à 06 heures du matin. Comme tout se passe la nuit, les fruits ne sont pas altérés. On ne peut pas dire autant des « garabas » entassés dans un minibus en plein soleil durant deux demi-journées.

Au bout de la chaine dans une station de traitement, les fruits qui ne sont pas sélectionnés sont censés être jetés. « C’est la station en tant qu’exportateur qui ne peut pas garder pour elle cette partie de la production », explique une technicienne du Service de l’Agriculture. On peut très bien récupérer ces fruits pour le marché local s’ils ne sont pas abîmés. « Cette situation est dangereuse, prévient un planteur de litchi. Ces fruits ont été soufrés. Normalement, ils devraient être dans des cartons au fond d’une cale d’un bateau». Il souligne une possible contamination par le soufre. Un enfant qui va croquer dans la coque d’un litchi est particulièrement vulnérable. Ce conservateur reste néanmoins nécessaire pour les produits qui seront revendus sur le marché local.

A. Herizo