Samedi , 16 décembre 2017
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Conférence d’Antananarivo : Comment surmonter le piège extractiviste?
La conférence sur le thème «Nouvelle politique industrielle en Afrique : Comment surmonter le piège extractiviste ? » s’est déroulée à Antananarivo, les 03 et 04 novembre 2015

Conférence d’Antananarivo : Comment surmonter le piège extractiviste?

La conférence sur le thème «Nouvelle politique industrielle en Afrique : Comment surmonter le piège extractiviste ? » s’est déroulée à Antananarivo, les 03 et 04 novembre 2015, avec la participation d’experts africains et internationaux, consultants, économistes et universitaires de renom. Il ne s’agissait pas seulement d’aborder la question sur les plans technique et théorique. C’est un vrai débat économique et de politique industrielle.

Le ministre Narson Rafidimanana a évoqué une désindustrialisation de l’Afrique en dépit du fait que bon nombre de pays aient profité de la hausse des prix des matières premières. « Nous devons surmonter le piège extractiviste car seule l’industrialisation peut transformer l’économie, relancer la création d’emplois, réduire la pauvreté ». Il estime que les produits locaux sont exportés ou consommés de manière irrationnelle. « L’industrie extractive doit créer plus de valeur ajoutée, a affirmé le ministre. La politique publique doit être orientée vers l’efficacité, l’efficience et l’équité ». Il a annoncé une nouvelle loi sur l’industrie qui va apporter les mesures adaptées aux besoins de Madagascar et non aux exigences des marchés mondiaux.

La politique industrielle doit être considérée en tant qu’option politique. « La question n’est plus comment la faire mais comment la mettre en oeuvre » a déclaré Marcus Schneider, Représentant-Résident de la Fiedrich Ebert Stiftung. Il a souligné que l’afro-pessimisme, un continent sans espoir selon un grand journal économique, a été balayé par l’Africa Rising. On est passé de l’Afrique catastrophe à l’Afrique émergente. « Le miracle de la croissance en Afrique n’a pas été durable. La base de l’Africa Rising a été la hausse des prix des matières premières, les investissements étaient seulement dans les industries extractives, la croissance n’a pas créé des emplois, il n’y a pas eu de transformation économique ».

Selon, Bodo Ralantoarilolona, directeur du CREAM (Centre de Recherches, d’Etudes et d’Appui à l’Analyse Economique à Madagascar), l’industrie extractive est une activité qui consiste à prélever des ressources naturelles qui ne sont pas transformées et qui sont destinées à l’exportation. C’est le premier secteur d’investissement en Afrique, 76% dans l’OCDE. L’évolution des Investissements Directs Etranger a ralenti, car il faut des investissements à long terme et les chocs sont à craindre. Pour le cas de Madagascar, le nickel a vu son prix chuter de 70% depuis 2007. Elle suggère une stratégie qui permet de bien exploiter les ressources naturelles avec un modèle industriel qui permet de créer des emplois. La Conférence sur la nouvelle politique industrielle en Afrique a mis en exergue l’état actuel de l’économie dans le continent, notamment le déclin de l’Afrique émergente liée à la fin du boom des matières premières.

« La croissance du PIB n’a pas eu d’impact sur l’emploi, ni sur la diversification des exportations. La manufacture a diminué… C’est difficile de dire qu’il y a eu transformation structurelle, La plupart des pays dépendent des matières premières, cela varie de 80 à 90% », a noté le Professeur d’Université Ian Taylor, spécialiste de la politique africaine. « L’Afrique a connu des conditions favorables pour avancer dans l’industrialisation, ces conditions disparaissent », a déclaré Charity Musamba de l’Université de Lusaka. Stephen Karingi, directeur de la Division Intégration Régionale et Commerce de l’Uneca a affirmé que «l’Afrique a besoin d’une stratégie régionale quand elle s’ouvre au monde». Des accords devraient protéger ses industries afin que les produits soient transformés avant d’être exportés. Il faut notamment réduire les barrières tarifaires.

Recueillis par A. Herizo