jeudi , 9 juillet 2020
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Cyclo-pousse, pas une affaire qui roule à Toamasina
Le cyclo-pousse, le moyen de transport n°1 dans la ville de Toamasina

Cyclo-pousse, pas une affaire qui roule à Toamasina

A Toamasina, le nombre de conducteurs de cyclo-pousse explose. Ce phénomène est à la fois la cause et la conséquence de problèmes sociaux dans la ville. Il illustre un taux de chômage élevé qui pousse les demandeurs d’emploi à se ruer vers un métier facile et n’exigeant pas de qualification ou de diplôme. Il complique encore plus une circulation urbaine déjà désorganisée.

Dans une ville où 1 emploi sur 10 est dans le secteur informel, les cyclo-pousses et dans une moindre mesure le tuk tuk sont des solutions de facilité pour atténuer le chômage. Il y a environ 6 000 cyclo-pousses à circuler sans autorisation, confie un responsable de la commune urbaine de Toamasina. Pour la mairie, cela représente évidemment un manque à gagner en termes de recettes. « Les clandestins font concurrence déloyale aux conducteurs de cyclo-pousse déclarés. Au final, les transporteurs qui sont en règle ne veulent plus payer les taxes », s’inquiète-t-il.

La police traque les clandestins mais difficile de faire un grand nettoyage. Il y aurait même un conflit d’intérêt. « Il y a des policiers qui ont 100 cyclo-pousse en circulation. C’est sûr que leurs collègues ne vont pas les embêter, on devrait appliquer la loi pour tout le monde », fulmine un jeune homme qui débute dans le métier de la pire des manières, son véhicule étant mis en fourrière. Cet incident de parcours ne l’a pas découragé. « C’était juste une journée morte, avec le paiement de l’amende et le versement de 5 000 ariary au propriétaire du cyclo-pousse, j’ai travaillé pour rien, heureusement que je me suis fait attraper en fin d’après-midi sinon, je n’aurai pas eu de quoi payer ».

A 52 ans, Gilbert n’a que 5 ans de cyclo-pousse derrière lui. « C’est une reconversion pour moi. On a quitté la campagne parce que moi et mon fils avions été engagés par une entreprise qui travaillait pour le compte d’Ambatovy. Malheureusement, cela n’a pas duré longtemps. La famille est restée en ville, car là-bas il n’y a pas mieux », raconte-t-il. Le père et le fils font le même métier, conduire un cyclo-pousse et sont chacun propriétaire de leur véhicule. Pour Gilbert, c’était un ami tombé malade qui lui a revendu le sien à prix abordable. « Aujourd’hui mon cyclo-pousse est presque aussi vieux que moi, on a du mal à circuler dans les rues de sable, je devrais en changer, mais ce n’est pas raisonnable à mon âge. Je pense que je ne pourrais plus faire ce métier dans 3 ans », soupire-t-il. Il a du mal à gagner 10 000 ariary par jour. « Les courses sont de plus en plus sur de longues distances et la concurrence est rude », se justifie-t-il.

Les cyclo-pousses ont permis à la ville du grand port d’absorber le choc du chômage. C’est une sorte de filet de sécurité qui nécessite tout de même une régularisation. Certains clandestins sont de mèche avec des bandits et emmènent le client dans une rue déserte, soi-disant un raccourci, pour le détrousser. Le futur maire de Toamasina, Elysée Ratsiraka, entend résoudre le problème des cyclo-pousses en accélérant la régularisation avant de renforcer le contrôle et les sanctions. De nouvelles voies de circulation, dont des pistes cyclables seront construites.

A. Herizo