Mardi , 12 décembre 2017
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Jirama : le ras-le-bol du Trésor public qui paie les pots cassés
Barrage hydraulique pour la centrale de Sahanivotry

Jirama : le ras-le-bol du Trésor public qui paie les pots cassés

Le dysfonctionnement de la Jirama est de nature systémique et c’est ce que la direction générale du Trésor avait dénoncé. La société d’Etat creuse telle une foreuse endiablée un déficit impossible à combler et qui gagne chaque mois, chaque année, en importance. La mauvaise gouvernance est manifeste et se présente comme un cercle vicieux, contraignant les dirigeants de la compagnie et du ministère de l’Energie à proposer diverses solutions d’urgence aussi couteuses que les précédentes.

Des groupes électrogènes supplémentaires constituent une solution vicieuse au délestage, car ils vont creuser le déficit de la compagnie par des dépenses en carburant en plus. L’Etat qui doit déjà décaisser 20 milliards d’ariary par mois ne sera pas épargné. En 2013, la Jirama avait une recette mensuelle de 37 milliards d’ariary contre des charges culminant à 57 milliards d’ariary. C’est le Trésor public qui paie le gap, d’où ses interminables litanies pour dénoncer la mauvaise gestion dans la compagnie.

Le fond du problème de la Jirama est donc les dépenses faramineuses en carburants combinées avec l’insuffisance de la trésorerie. L’incertitude est tenace puisque l’Etat ne peut pas assurer le paiement de ces coûteux approvisionnements sur le long terme. A titre d’exemple, Antananarivo bénéficie d’un traitement de faveur en obtenant quelque 750 m3 de carburants pour tenir 4 jours sans délestage durant les fêtes. Le directeur général limogé fin 2014, Désiré Rasidy, était convaincu que la hausse des tarifs selon le principe de la vérité des prix est la seule solution. Faire de l’électricité un produit de luxe et inaccessible au plus grand nombre des ménages n’est pas dans la stratégie des régimes successifs.

Assurer un service public avec la mission de rendre accessibles l’électricité et l’eau complique une reconversion vers le statut d’une société commerciale. Pour le puissant syndicat autonome de la Jirama, ce sont les contrats avec les fournisseurs qu’il faut modifier. Il regrette que les employés de la compagnie soient la cible des colères des usagers alors que le délestage provient de ces partenaires qui refusent de fournir le service attendu. Une société commerciale ne saurait pas non plus vendre continuellement à un client mauvais payeur. N’est-il pas compréhensible que les producteurs d’énergie et les distributeurs pétroliers soient réticents à jeter leur argent par la fenêtre, l’Etat n’étant plus capable de subventionner les gaps de la compagnie de service public. Le délestage s’avèrerait même un moyen pour ces riches fournisseurs de faire pression sur le régime et les partenaires financiers du pays.

Si les bailleurs de fonds comme la BAD et la Banque mondiale sont mobilisés pour apporter un appui au secteur énergie, il n’est pas non plus question de financer les subventions au profit de la Jirama et des fournisseurs de cette dernière. Pour éviter de vendre à perte, il faudra trouver le moyen de produire à moindre coût. C’est mal parti tant que les seules dépenses en carburants équivalent à 115% de recettes. Par ailleurs, sur les 115 centrales de la Jirama, 100 sont de types thermiques fonctionnant avec du gasoil. La compagnie est loin de maitriser son exploitation, car les paramètres de production et de coûts semblent… non maitrisables. Ce qui ne manque pas de désespérer la direction générale du Trésor.

Par exemple, pour mettre fin au délestage l’Etat a trouvé le moyen de financer un besoin de 16 000m3 de carburant en 2014. Le temps de passer la commande, ce besoin a déjà doublé. Elle aurait triplé sur l’année. Le grand paradoxe dans ce contexte de délestage généralisé, 75% du pays touchés dont les grandes villes, c’est la surproduction d’électricité ! En 2013, quelque 455 MWh sur les 1 406 MWh produits n’ont pas été vendus, soit 32%. L’hypothèse de vols à grande échelle de courant avancée par la compagnie suscite des doutes, car les branchements frauduleux ne représenteraient que 1,8% de la production. Cette zone d’ombre est absolument à éclairer, d’autant que, selon le calcul de la direction du Trésor public, vendre la moitié de cette production invendue permettrait d’éviter les 440 milliards d’ariary de déficit d’exploitation supportés par l’Etat.

A.H