Mardi , 12 décembre 2017
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Jirama : plus de centrales thermiques malgré la contestation
Symbion est un acteur clé de la présence américaine en Afrique

Jirama : plus de centrales thermiques malgré la contestation

La grève de la Jirama ne peut être illimitée. Les deux côtés le savent. Avantage à l’Etat qui attend patiemment que le mouvement de l’intersyndical s’essouffle. Les grévistes de leur côté espère peser de tout leur poids pour obtenir le maximum parmi quelque 25 revendications. Peuvent-ils réellement décider à la place de l’Etat qui est le propriétaire, principal actionnaire et « bailleur de fonds » de la compagnie d’électricité du pays ?

Les groupes syndicaux au sein de la Jirama exigent d’être consultés par la Direction et accessoirement par l’Etat avant la prise d’une décision importante et la signature d’un contrat. Ils rejettent vigoureusement le contrat passé par la compagnie nationale avec le producteur d’électricité américain Symbion Power. « Un contrat de 20 ans équivaut à vendre la compagnie à des étrangers », s’indignent les syndicats. Les grévistes estiment que l’Etat ou la Jirama elle-même devrait être en mesure de financer la réhabilitation des centrales électriques défectueuses.

Symbion Power serait donc une solution de facilité qui coute cher au final. Face au déficit de production qui rend les délestages incontournables, l’Etat optent pour une intervention rapide de ces entreprises spécialistes dans la production d’électricité. La centrale de 40 MW Mandroseza sera réhabilitée pour fonctionner au fuel et économiser en dépenses de carburant. Symbion a séduit les dirigeants de la Jirama et l’Etat malgache par un coût de revente aux consommateurs de 460 ariary le KW alors que d’autres opérateurs facturent à 700 ariary le KW. Il y même aura plus de puissance installée avec la mise en place de nouveaux groupes. Il faudra par contre patienter jusqu’à sept mois pour retrouver une production optimale. L’entreprise américaine s’engage à former les techniciens malgaches dans une politique de vulgarisation de savoir-faire… Pas assez pour séduire les grévistes.

L’Etat continue de son côté à signer des accords pour palier rapidement le déficit de production au grand dam des syndicats. AFL Power de Dubaï va installer 25 MW à Antanandrano-Ambohitrarahaba pour renforcer l’offre dans la capitale. Le partenariat de la Jirama avec Ambatovy a permis de financer deux nouveaux groupes de 6,2 MW chacun gérée par la joint-venture Jirambato. L’Etat décide de commander plus de puissance à son fournisseur Aggreko, dont 20 MW supplémentaire à Ambohimanambola. Depuis 2012, cette entreprise soulage la Jirama grâce à ses stations mobiles dont le niveau de production et la puissance installée sont modulables en fonction des besoins.

Tous ces accords ne font que raviver la tension entre les dirigeants de la Jirama et les syndicats. Ces derniers réclament plus de transparence et pointe du doigt l’absence d’appel d’offres ouvert. Jusque-là, l’Etat ne peut que s’enfoncer un peu plus dans l’énergie thermique et essaie d’arrondir les angles par des arguments comme la rapidité d’installation, une production modulable, l’utilisation de fuel lourd… Le ministère de l’Energie ne s’occupe que de la mise en concession. Il laisse la Jirama se débrouiller avec la rentabilité. La question est vite réglée puisque le coût de production sera toujours plus élevé que le prix de vente aux consommateurs. C’est l’Etat qui va payer la différence. En 2013, il a octroyé des subventions de 161 milliards d’ariary à la compagnie d’électricité pour combler la perte sur une production de 952,8 millions kWh. L’Etat a injecté la même année 50 milliards d’ariary à titre de capitaux.  En 2015, le recours massif à des centrales de secours fonctionnant au gasoil devrait faire exploser le manque à gagner de la Jirama. La subvention de l’Etat pour dépasser les 300 milliards d’ariary.

A. Herizo