Mardi , 12 décembre 2017
enfrit
Secteur extractif : du scepticisme autour de l’attractivité de Madagascar
(Ph. Chambre des Mines)

Secteur extractif : du scepticisme autour de l’attractivité de Madagascar

Le Salon International des Mines et du Pétrole n’a peut-être pas tenu toutes ses promesses, mais ce n’était pas faute d’essayer d’apporter du dynamisme dans un secteur extractif en proie à des incertitudes. La chute des cours des produits miniers et la politique de l’Etat malgache qui veut adopter un nouveau code minier freinent l’enthousiasme des investisseurs, que ce soit les nouveaux venus, les juniors déjà en prospection ou les séniors censés exploiter les plus grands projets du pays.

Levier de l’économie

Promouvoir les ressources minières et pétrolières du pays, c’est le challenge du ministère en charge de l’industrie extractive pour relancer l’économie du pays. L’emballement du gouvernement n’a pas été du goût de la société civile de plus en plus hostile à la grande braderie des permis miniers. Pourtant, il y a urgence et c’est maintenant qu’il faut montrer la compétitivité du pays, si l’on en croit le ministre Valérien Lalaharisaina. Si Madagascar ne fait pas le nécessaire pour attirer les investisseurs, ces derniers iront voir ailleurs.

Selon le ministre chargé des Mines et du Pétrole, le secteur extractif est le principal levier de développement de l’économie nationale avec une nouvelle stratégie rationnelle qui veille aux attentes de la population. « Dans les années à venir, Madagascar verra une progression effective avec des retombées socio-économiques plus substantielles », a-t-il déclaré. Le président Hery Rajaonarimampianina insiste quant à lui sur « la bonne gouvernance, la transparence et la redevabilité, afin que la population puisse profiter de ces activités minières dans un principe gagnant- gagnant avec les opérateurs ».

Un nouveau code minier, un mauvais signal

On ne peut pas choisir entre faire du social et faire du profit puisque les entreprises ont l’obligation de faire des investissements sociaux à la place de l’Etat. « Il faut laisser les entreprises produire et qu’elles paient ce qu’elles doivent à l’Etat. Leur rôle n’est pas de construire des hôpitaux, des routes ou des écoles. Le gouvernement et les collectivités doivent utiliser pour cela l’argent que nous leur versons », a glissé un cadre d’une grande société minière. Il estime qu’une compagnie minière ne devrait pas être un obligé de l’Etat mais être considérée comme n’importe quelle autre entreprise.

Le scepticisme est tenace autour du nouveau code minier. « C’est déjà un mauvais signal, puisque l’Etat n’est pas capable de préserver une stabilité juridique même si la loi n’est pas rétroactive », confie un consultant évoluant dans le secteur. Il affirme que les autorités malgaches sont obnubilées par la redevance minière et négligent des détails techniques importants comme la classification des métaux. Cet expert craint un excès de populisme qui va nuire à l’attractivité du pays. « Il faut le vouloir pour investir à Madagascar. Vous devez construire des routes, des voies ferrées, une centrale électrique… La lenteur administrative et la corruption sont à gérer au quotidien… il ne faut pas se voir trop beau avec les potentiels miniers du pays, il faut se mettre à la place de l’investisseur ».

A. Herizo