Samedi , 16 décembre 2017
enfrit
Christian Chadefaux est un journaliste français qui a travaillé à Madagascar pendant plusieurs décennies. Il était contraint de quitter le pays sous l'ère Marc Ravalomanana. Son pragmatisme vis-à-vis de la gestion de la Transition et de l'évolution de la crise politique malgache a étonné plus d'un. Avant la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Andry Rajoelina à l'Elysée, Christian Chadefaux a écrit une lettre ouverte...à la France. Une lettre ouverte reproduite par des organes de presse d'Antananarivo et dont voici la teneur:

Selon le journaliste français Christian Chadefaux, Marc Ravalomanana « reviendra au pouvoir »

Vous allez recevoir ce mercredi 7 décembre au palais de l’Élysée et pour un entretien, Andry Rajoelina, le jeune DJ-putchiste de Madagascar qui ne doit qu’à vous, La France, d’être « président » d’une transition qui s’éternise et s’enlise dans le marigot post-colonial de la françafrique. Votre ambassadeur à Antananarivo, Jean-Marc Châtaignier, n’en est-il pas un pur rejeton, puisque son père spirituel n’est autre qu’Alain Joyandet, votre ex-ministre de la Coopération ?

Monsieur le Président, souvenez-vous… Le petit Rajaolina s’est réfugié à l’ambassade de France au plus chaud des événements du début 2009 dans la capitale malgache, réflexe normal pour un citoyen français, fils d’un général français, menacé par des étrangers, fussent-ils, aussi mais accessoirement, ses compatriotes… Quel profil idéal que cette marionnette pour remettre la main sur Madagascar, après en avoir été relativement chassé par le petit laitier Ravalomanana.

Si le Quai d’Orsay, qui compte quelques vrais diplomates éclairés et fins connaisseurs de Madagascar, était encore écouté au lieu de la racaille françafricaine de la cellule élyséenne « spécialisée », il vous conseillerait, plutôt, de tout faire pour que Ravalomanana revienne au pouvoir. Grâce à vous, La France. Si votre ambassadeur à Antananarivo dispose de quelques heures de travail entre les défilés de mode, l’inauguration de pissotières (!) et ses altercations publiques avec un député malgache, il devrait savoir que la grande majorité de la population malgache, qui n’est pas celle qu’il fréquente, attend le retour de Ravalomanana avec impatience.
Alors… Ne serait-il pas intelligent et sage de contribuer à ce retour, puisque de toute façon, il reviendra au pouvoir. Et comme c’est vous, La France, qui l’en avez chassé et qu’il est réputé très rancunier, vous pourrez faire une croix sur ce fleuron de la colonisation française.

Monsieur le Président,

Vous êtes informé, chaque jour, du nombre de morts en Syrie, comme vous l’avez été pour la Libye, la Tunisie, l’Afghanistan, l’Egypte… Savez-vous combien de Malgaches meurent chaque jour de faim, de manque de soins, de désespérance, de violences économiques dans un pays en paix et qui ne connaît pas et n’a jamais connu de guerre civile ? Quelle belle prime l’Occident offre-t-il, là, à la paix et à la sagesse.

Et quelle chance vous avez, vous, La France, que les Malgaches soient si gentils, à l’image de celui, servile et docile, que vous allez recevoir…

Monsieur le Président,

Ah ! Oui… « L’Africain n’est pas entré dans l’Histoire », ou quelque chose d’aussi subtil… Qui l’en a empêché ? Vous, La France. !
En effet, pourriez-vous me citer une seule ancienne colonie française qui n’est pas, aujourd’hui et plus de 50 ans après « Les soleils des indépendances », passez-moi l’expression, même si vous en êtes, dit-on, coutumier : dans la merde ? !
Vive La France.

Christian Chadefaux