mercredi , 10 août 2022
enfrit
Il n'y a pas quelques semaines, ces photographies faisaient partie de l'actualité. Aujourd'hui, elles font partie de l'histoire, montrant les plaies d'une nation...

Barrages en images

Une expression malgache traduit tout : « ny lasa tsy
fanadino », autrement dit le passé ne s’oublie pas. Les
clichés exposés dans le cadre de « Barrages »
constituent des témoignages pris sur le vif au cours d’une
période fraîchement révolue, sans précédent dans l’histoire
du pays, puisque marquant un tournant pour son avenir.

20 photographies en noir et blanc, imprimées sur des bâches au
format 180×135 cm jusqu’ici inédit pour une exposition à
Madagascar, sont sorties droit des objectifs de 8 chasseurs
d’images (Maksim Seth, Francis Rasoamaharo, Fidisoa Ramanahadray,
Seta Ramaroson, Pierrot Men, Martin Rajaoferson, Nary Ravonjy et
Kiaja Ramamonjisoa).

Ces clichés montrent les diverses facettes de la crise
traversée par Madagascar : barrages anti-économiques et
barrages de sécurité ainsi que leurs conséquences, ponts
dynamités et désarrois en découlant. Ils montrent également
la patience et la souffrance d’un peuple, tiraillé par les
ambitions politiques des deux camps qui se sont fait face au
cours de ces évènements qui ont bouleversé, pendant près de 6
mois, le calme qui faisait jusqu’alors la renommée de la Grande
Île.

Par le biais de ces photos, les organisateurs aussi bien que les
photographes comptent apporter leur contribution au renforcement
de l’identité culturelle malgache. Faire évoluer le
comportement grâce à l’éducation par l’image… en d’autres
termes, l’information du public à propos de l’actualité et de
l’histoire ne sont après tout que les parties émergées de
l’iceberg du photojournalisme.

L’exposition est coordonnée par Daniel « Dany Be »
Rakotoseheno et Maksim Seth, deux grands noms de la scène
photographique malgache, en collaboration avec la ville de St.
Denis de La Réunion, l’AROI (Association de Recherches Océan
Indien) et le Centre Dramatique Régional de La Réunion.

Ces photos ont été exposées pour la première fois à St.
Denis de La Réunion, au Théâtre du Grand Marché, pendant
environ un mois. Puis à Antananarivo, au Cercle Germano-Malagasy
Analakely durant 10 jours au cours desquels la majorité des
20.000 visiteurs ont pu exprimer leur grande satisfaction.
« Mais dommage que le CGM soit un peu étroit pour exposer
des photos d’une pareille dimension », objecta un père de
famille. Après la Ville des mille, ces clichés partiront pour
l’Europe, la tournée débutera en France, à Limoges
(« Barrages » y sera exposé du 24 septembre au 6 octobre
dans le cadre du « Festival de la Francophonie 2002 »). Ils seront ensuite dans la capitale française, mais les
organisateurs seraient encore en pleine période de tractations,
aucune date ne pourra donc être avancée à ce stade.
L’Allemagne sera aussi au programme, certainement pour l’année
prochaine. Quoiqu’il en soit, les expositions futures pourraient
être étoffées par d’autres images supplémentaires, nous a
promis Maksim Seth.

« Pour des photos prises à Madagascar par des malgaches,
c’est un peu frustrant que ce soit les Réunionnais qui aient vu
ces photos pour la première fois, avant nous-même, les premiers
concernés… Mais c’est compréhensible, puisque le pays n’est
sorti de la crise que tout récemment. Tout ce que l’on peut
espérer, après les expos en France, c’est que ces
chefs-d’oeuvre reviennent définitivement dans le pays, pour
y faire partie de la « mémoire » malgache. C’est le seul
endroit où elles seraient réellement à leur place », a
ajouté un étudiant visiblement ému.