Lundi , 18 décembre 2017
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Le Sambatra ou circoncision collective est un événement célébré tous les sept ans par l’ethnie Antambahoaka. C’est une tradition bien vivante et vénérée par les locaux et la diaspora qui n’hésite pas à rejoindre Mananjary. En 2014, une année bénéfique qui commence par un mercredi, la ferveur d’un peuple fort attaché à son identité est palpable. Pour Mamy Flavien, 36 ans, il s’agit d’un double retour aux sources, un moyen de réparer le destin qui lui avait été réservé à sa naissance, lui qui avait le malheur de naître quelques minutes après son frère jumeau.

Sambatra 2014, le retour d’un fils jumeau sur la terre de ses ancêtres

Pour Mamy Flavien, c’est l’occasion de renouer avec ses racines. « Je n’ai pas eu l’honneur de vivre le Sambatra, je le vis à travers mon fils même si ce dernier a déjà été circoncis il y a trois ans de cela », soupire-t-il. Ainsi, père et fils sont allés à la rencontre de leur famille Antambahoaka alors que le reste de la famille a attendu les vacances des Toussaints avant de venir. « Cela a été une décision difficile, mais je suis persuadé que mon fils et moi devions sentir en nous l’identité de nos ancêtres, j’ai découvert cette identité il y a un an, à l’âge de 35 ans, je veux que ce soit différent pour lui », se justifie-t-il.

Dans sa jeunesse, Mamy Flavien ne s’était pas interrogée sur son passé. « Je savais que j’étais adopté. J’ai eu des parents merveilleux, pourquoi aurai-je cherché à savoir », dit-il. Ses parents lui ont quand même raconté son histoire, alors qu’ils étaient au crépuscule de leur vie. Ils ne pouvaient pas avoir d’enfant et ont accueilli un bébé jumeau qu’une famille Antambahoaka ne pouvait garder, à cause d’un interdit imposé par la tradition dans cette ethnie du sud-est de Madagascar.

Après avoir fait le deuil de ses parents, Mamy Flavien s’est décidé à aller à Mananjary pour découvrir sa famille biologique. Il confie que la rencontre avec ceux qui lui ont donné la vie a été plutôt froide. « Ils croyaient peut-être que je leur en voulais, ou que ma présence allait leur porter malheur, qui sait », regrette-t-il. Heureusement, les retrouvailles étaient plus chaleureuses entre les deux frères. « Il me ressemble beaucoup, mais il a la peau plus foncée et les traits un peu plus vieillis, on voit qu’il a vécu dans des conditions difficiles, alors que moi j’ai eu tout, je ne sais pas lequel d’entre nous a été privilégié par le destin », se demande-t-il. Quand on lui demande s’il est devenu définitivement un Antambahoaka, Mamy Flavien répond que non. « Ce n’est qu’une partie de moi, de mon identité, c’est d’où je viens. Le plus important pour nous malgaches c’est de savoir où on finira lorsque l’on ne sera plus de ce monde. Je reste le fils et le descendant de mes parents adoptifs, ce sont eux que j’irai rejoindre un jour ».

Des festivités perpétrées depuis de nombreuses générations

La circoncision est une fête collective pour l’ethnie Antambahoaka, car il s’agit d’un rite initiatique permettant aux jeunes garçons de devenir des hommes. Peu importe l’âge, il y a des adolescents et même quelques adultes qui se font circonscrire lors de ce grand évènement qui a lieu tous les sept ans. Les opérations sont de nos jours supervisées ou exécutées par des médecins. Elles se font dans la dernière étape de la célébration dans un « tragnobe » ou la maison royale d’un clan.

A Mananjary, le spectacle est le même à chaque Sambatra, le rituel étant réglé comme des partitions. Des danses rythmées par les chants et les sons du tambour sacré, ponctués par les bruits de la coque marine, la rituelle de l’eau que l’on puise dans l’embouchure, le simulacre de bataille avec des jets de bambous… tout est à l’honneur de ces garçonnets portant le même habit et chapeau rouges et que leur oncle maternel porte fièrement sur leurs épaules.

Pour les enfants de la diaspora et aussi des locaux nés juste après l’année du précédent Sambatra, la circoncision a déjà été réalisée comme un simple acte médical. Hors de question toutefois de passer outre la tradition. Ces garçons seront soumis aux rituelles comme tous les autres. La différence est qu’au Tragnobe, l’homme chargé de faire l’opération ne fera que simuler l’acte. « Il y a de nombreux parents qui préfèrent la circoncision moderne, comme la méthode américaine qui a l’avantage de ne pas provoquer de saignement et de favoriser une cicatrisation rapide », note un médecin issu de la diaspora Antambahoaka et qui aurait aimé officier au Sambatra. Tradition ou pas, les règles sanitaires et d’hygiène sont respectées.