Lundi , 18 décembre 2017
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L’Alahamadibe et l’Asaramanitra, ne ressemblent qu’à des fêtes commémoratives et symboliques, plus proches d’un produit touristique que les rituels qui permettaient au souverain de communier avec ses sujets. Les caractères sacré et politique de l’évènement ne sauraient être restaurés à une époque où le christianisme et la démocratie sont des valeurs sociales. Le 31 mars 2014, qui pourrait dire « bonne année » à son voisin, ni même à ses proches ?

Le nouvel Nouvel An malgache, reconstitution ou célébration ?

« Arahaba tratry ny Asaramanitra », l’expression qui devait annoncer le premier mois luni-solaire est toujours utilisée le 01 janvier. L’amalgame avec le « arahaba tratry ny taona », pour le nouvel an du calendrier universel actuel, de type grégorien. Peu importe puisqu’il s’agit du nouvel an. Le mot Asaramanitra a perdu son sens initial et évoque n’importe quelle grande fête populaire. A l’origine, il s’agissait de rituel agraire et de cérémonie de bains de reliques royales pratiqués le premier jour du premier mois.

Tout avait changé il y a longtemps déjà quand le roi Ralambo, à la tête du royaume Merina entre 1575 et 1610, a quelque peu personnalisé l’évènement. Il avait tout simplement déplacé le nouvel an au premier croissant de lune Alahamady (Bélier) qui est le premier mois selon le calendrier lunaire arabe. La raison est tout aussi personnelle : c’est l’anniversaire de Sa Majesté !

Il n’est pas pour rien qu’on dise de lui qu’il est le premier grand roi de l’Imerina. Ralambo a instauré le nouveau Fandroana ou bain royal qui est commémoré jusqu’à maintenant comme un rituel dynastique à la gloire des ancêtres, dans le but de sanctifier et d’invoquer ces derniers.

Andrianampoinimerina, l’autre grand roi Merina, a perpétué la tradition de son aïeul en donnant plus d’importance à la sanctification des ancêtres. Il ordonna des sacrifices de zébus sur chacune des 12 collines sacrées, là où vivaient ses 12 épouses. Le souverain recevait une offrande de piastre entière ou « hasina » de ses femmes. Ses sujets devaient en faire autant, chaque classe sociale lui faisait la même offrande pour payer le droit de vivre.

Le Fandroana fait l’objet de légendes que la culture orale des Malgaches entretient. Les rites étaient en effet d’un autre temps, mais ils ont toujours des résonnances dans les croyances. A l’approche des fêtes, les sujets du roi n’avaient pas le droit de tuer un animal à part les volailles. Deux jours avant le nouvel an, le roi sacrifie un coq rouge pour conjurer la mort et le mal par le « faditra ». Le sang sera utilisé comme une onction à appliquer sur différentes parties du corps du souverain. Le bain proprement dit sera alors une purification.

Le roi déclare officiellement qu’il est devenu sacré. Lors des offrandes au souverain et les sacrifices qui suivent, on invoque les ancêtres du roi pour donner à ce dernier sa dimension sacrée. A ce sujet, Andrianampoinimerina a rappelé que les prières de ses sujets s’adressaient aux ancêtres royaux : « quand vous invoquerez vos ancêtres, il faudra vous rappeler que les miens précèdent les vôtres ». Dans ces cérémonies, il joue à la fois le rôle du prêtre et de dieu, du moins de l’être sacré, tandis que ses sujets témoignent leur soumission.

En 2014, le programme de célébration du Nouvel An malagasy est bien loin des légendes du Fandroana. Le feu éternel, le riz mélangé avec du miel, la viande partagée pour maintenir saine les relations, la fête… Dans ce qui s’avère être une reconstitution, on a gardé un petit goût de ce qui était accompli par les sujets du roi. Pour faire plus, il y a une problématique majeure : qui va-t-on sanctifier par le bain royal ?

Jadis, l’évènement du Fandroana était grandiose. Le jour de l’Alahamadibe, tout était permis puisqu’il y a impunité. Le libertinage est autorisé. Les orgies sexuelles relevaient du rituel. Comme il n’y a plus de roi pour qui on ferait ces rituels et sacrifices, que la majorité des malgaches ne s’y reconnaissent pas, qu’il est impossible de décréter un jour d’impunité et de luxure… laissons l’Alahamadibe et l’Asaramanitra au rang d’une tradition que les clans royaux merina ont le devoir d’entretenir pour sanctifier leurs ancêtres.