Jeudi , 14 décembre 2017
enfrit
Elles sont de plus en plus nombreuses à choisir le trottoir pour gagner leur vie après des mésaventures professionnelles. Et, surtout, après avoir perdu leur emploi dans des entreprises franches à la suite de la crise malgache, provoquée par le coup d’Etat de 2009.

Francia, prostituée et ancienne employée de la zone franche

« J’étais employée dans une entreprise franche mais la société a fermé avant fin 2009 à cause de la crise » explique Francia, 27 ans. Comme beaucoup d’autres, en attendant un nouveau job plus prometteur et plus sûr, elle a choisi le trottoir. Tsaralalàna est le quartier privilégié des filles, depuis plusieurs décennies.
« La prostitution est peut-être une solution de facilité, mais je n’ai pas d’autres alternatives pour le moment » explique-t-elle, avant de rajouter « j’ai un enfant à nourrir ». Le père de son enfant est parti depuis longtemps. C’est un couple qui n’a pas duré. « La plupart de mes amies ici, sont séparées de leur mari ou de leur ancien compagnon », affirme Francia, qui ne rate pas de saluer les hommes qui ont un regard fixé sur elle en passant à 2311 heures du soir sur une rue du quartier de Tsaralalàna, au cœur de la capitale. « Je sors deux fois ou trois fois par semaine, cela dépend de mes besoins financiers », continue-t-elle. Francia aborde la question politique : « je n’aime pas ce Andry Rajoelina, c’est à cause de lui que j’ai perdu mon emploi en 2009 ». On se souvient effectivement que c’est le coup d’Etat de 2009 qui a poussé plusieurs dizaines d’entreprises franches à mettre la clé sous le paillasson. Elles exportaient essentiellement des produits textiles vers les Etats-Unis dans le cadre de l’AGOA, un accord commercial établi entre les Etats-Unis et certains pays d’Afrique.
Toutefois, Francia reconnaît que les filles font l’effort de changer de métier dès que c’est possible. « Il y a des filles que vous avez trouvées ici il y a quelques années mais qui ont retrouvé une vie stable depuis. Certaines se remarient » précise-t-elle. En attendant, elle vit sa vie, tout en se méfiant. « Je dois généralement rentrer avant 4 heures du matin ». C’est pour éviter la suspicion du voisinage chez elle, à Ankadindramamy, à environ 5 kilomètres de Tsaralalàna.