Mardi , 12 décembre 2017
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Revenir, vivre sous les tunnels

Revenir, vivre sous les tunnels

Depuis quelques jours, des sans-abris de la capitale, Antananarivo, sont revenus pour vivre sous le tunnel d’Ambanidia. Ils ont déserté le tunnel durant quelques semaines, quand la mairie de la capitale a interdit à tout individu de passer la nuit sous le tunnel, après la constatation d’une fissure apparente.
Durant quelques semaines, des mises en garde ont été communiquées à l’endroit de ceux qui ont pris l’habitude de « vivre » sous le tunnel en raison d’un éventuel risque d’effondrement. Les mises en garde concernaient surtout le tunnel d’Ambanidia-Ambohijatovo. C’était devenu la hantise des automobilistes de devoir passer par le tunnel. Certains ont fait le détour pour l’éviter.
C’est la conclusion d’une expertise réalisée par des spécialistes étrangers qui a mis du baume au cœur des usagers de la route à Antananarivo. Les experts ont conclu que le risque d’effondrement du tunnel est minime, tandis que des éboulements de terrain au dessus du tunnel risquent toutefois de mettre en danger ceux qui passent en dessous. Le danger est donc ailleurs. Tanà pousse un ouf de soulagement.
Le danger semblait menaçant puisque le tunnel d’Ambanidia a été construit en 1932. Il a été utilisé depuis 1938. L’autre tunnel reliant Analakely et Ambohidahy, dans le cœur de la capitale, a été construit de 1914 à 1924. Ce qui a fait poser des questions sur leur état actuel. Mais, au final, les tunnels de Tanà ont été construits pour durer.
Tout cela a constitué une raison pour les sans domicile fixe, de plus en plus nombreux en raison de la crise malgache, de regagner leur place sous le tunnel d’Ambanidia. Adultes et enfants s’y entassent notamment en saison des pluies. Parmi eux, Mahefa, un bébé de 4 mois, avec sa mère et ses deux sœurs. « J’étais ici quand j’étais enceinte et je suis revenu dès la naissance de mon bébé » a affirmé sa mère, sourire aux lèvres malgré tout. Elle accouché à la maternité de Befelatanana, avant de revenir là où elle était, avec sa petite famille que le père a aussitôt abandonnée. La famille vit entièrement de petit boulot et de mendicité. C’est un phénomène récurrent à Antananarivo. L’exode rural en est parmi les principales raisons. Une fois le danger écarté, la vie a repris sous les tunnels. Bravant la pollution, des enfants tendent la main aux passants et aux automobilistes sous les tunnels de la capitale. Une scène habituelle devenue presque banale pour les habitants d’Antananarivo.

J.R