Mardi , 12 décembre 2017
enfrit
A un mois du 2ème tour de l’élection présidentielle, le limogeage de certains chefs de région et leur remplacement par des haut gradés de l’armée est une manœuvre politique qui viole les fondamentaux de la démocratie. Pris en conseil des ministres, le décret de nomination de ces nouveaux hommes forts des régions a été le fruit de la concertation entre le président de la Transition et le premier ministre.

Des généraux et des colonels nommés chefs de région, la douteuse manœuvre de Rajoelina

Le remplacement des chefs de région candidats à la députation est tout à fait normal. Leur remplacement par des militaires le serait moins. Même si le décret pris en conseil des ministres ne dit pas qui a été limogé et qui a été remplacé, le timing reste suspect. Avant la campagne électorale du premier tour, le président de la transition et son nouveau fidèle ministre de la Décentralisation avaient écarté 8 chefs de régions proches du candidat Hajo Andrianainarivelo.

Avec la mini dictature militaro-civile de la transition qui a suivi le coup d’Etat de même nature en 2009, l’on ne peut que constater que les officiers à qui on a confié une fonction politique pour diriger une région sont des pro-Rajoelina. Le décret portant limogeage de chefs de région a parmi ses trois motifs le contexte politique national. Le duo Rajoelina – Beriziky veut-il instaurer un Etat sécuritaire dans un but vertueux qui est de sécuriser le processus électoral.

Le premier ministre Omer Beriziky tente de se justifier : « ce sont des fonctionnaires, ils ne risquent pas d’être partisans ». Cette belle contre-vérité ne pourrait pas être corroborée par les faits passés, présents ni futurs. L’armée est bel et bien partisane et elle fait toujours l’objet de racolage de la part des putschistes au pouvoir.

Cette manœuvre politique suscite plus de méfiance que de compréhension. Rajoelina serait-il en train de préparer le basculement dans un état d’urgence dans le cas où son candidat ne serait pas élu. Dans tous les cas, des militaires sont aux commandes de toutes les autorités civiles dans les régions concernées. Ces dernières encerclent Analamanga et le Vakinankaratra, les deux régions les plus septiques envers le régime issu du coup d’Etat de 2009.

Dans cette politisation à outrance, certains observateurs qui y voient une nouvelle tentative de diviser l’armée. Pour faire passer la pilule, la présidence a nommé deux administrateurs civils, les seuls à avoir les qualités et les prérogatives à diriger une collectivité dans un Etat de droit. La présidence a pris le soin de choisir elle-même les nommés, ignorant la proposition du syndicat de ce grand corps de l’Etat. Ainsi, Talata Michel est affecté à la région Atsinanana et Mananjara Lucien à la SAVA.

« Les évènements en matière d’insécurité qui ont prévalu ces derniers temps », ont été pris comme prétexte pour placer les colonels et généraux. Nommé à Ihorombe, le colonel Reribake Jeannot pourra voir s’il peut mieux rétablir la sécurité en tant que chef de région plutôt que commandant de groupement de la gendarmerie. Toutes les régions classées zones rouges en raison des attaques de « dahalo » ou voleurs de zébus seront militarisées au sommet : Colonel Rahovelson Fanomezana Israël à Anosy, Général Robert dans l’Atsimo Andrefana et Colonel Vohason Mitovisoa pour Melaky.

Le Colonel Maevalaza est nommé pour Diana après les évènements tragiques de Nosy-Be. Les nominations du Général Randriamarolo Jean Félix pour diriger le Vatovavy Fitovinany et du Colonel Serge Elliot à Sofia sont beaucoup plus politiques.