Samedi , 16 décembre 2017
enfrit
On peut toujours poser la question même si la réponse a été évidente lors du premier débat entre Jean Louis Robinson et Hery Rajaonarimampianina, le 04 décembre 2013. Les deux candidats qualifiés au 2ème tour de la présidentielle se sont affrontés dans un match totalement biaisé, mais qui a gratifié les téléspectateurs de quelques moments de délectation non pas sur le propos des acteurs mais sur le scénario et les incidents du direct.

Débat présidentiel : la TVM est-elle à la hauteur ?

A la veille du deuxième débat qui sera consacré à la diplomatie et aux relations internationales, en langue française, le premier n’a pas toujours livré tous ses secrets, en particulier le nom du vainqueur. La presse partisane présentait selon son obédience une large victoire de son candidat. A tout le moins, les lecteurs ont pu découvrir vers qui penchait un journal apparemment neutre. Comment tout le monde y va de son score, en voici un : Robinson : 2, Rajaonarimampianina : 1, TVM : 0.

Pourquoi donner la victoire à Jean Louis Robinson ? Il a su exploiter le bilan négatif de la transition et remettre en cause les projets et promesses de son adversaire. Il n’a pas été aussi volubile que l’ancien ministre des Finances, car il a défendu un bilan positif du Madagascar Action Plan qui a été interrompu par le coup d’Etat de 2009.

Hery Rajaonarimampianina s’est défendu en essayant de mettre Louis Robinson dans le même panier que le régime Rajoelina au nom de l’implication de la mouvance Ravalomanana depuis la feuille de route. C’était sans succès. L’histoire a déjà démontré que c’est le régime en place lors de l’élection qui est jugé sur son bilan. C’est ainsi que Didier Ratsiraka l’avait emporté sur Albert Zafy.

Dans l’attitude, Jean Louis Robinson a su se montrer en colère et ferme quand le « sabotage » de son micro a été révélé. Son sens de l’humour cachait des piques qui faisaient mal, poussant son adversaire dans son retranchement. Au discours de technocrate de l’expert comptable, le médecin répondait par des faits simples. Si on ne jugeait que sur la qualité des arguments, Hery Rajaonarimampianina avait une longueur d’avance. C’est lui qui était dans la position du candidat qui doit convaincre et se justifier. Par contre, c’est bien Jean Louis Robinson qui animait cette première soirée électorale.

Et la TVM dans tout cela. L’ombre du ministre de la Communication au service de Hery Rajoanarimampianina planait lourdement dans le studio. Tous les regards sont sur lui quand le « sabotage » du micro est évoqué. Le candidat Robinson s’insurge quand il s’aperçoit que durant plus d’une demi-heure, il ne se faisait pas entendre. Il n’est pas le seul, car le micro de la deuxième journaliste qui n’est pas de la TVM fonctionnait aussi mal. On n’entendait de façon claire que les interventions de Rajaonarimampianina et les questions complaisantes ou difficiles, selon son destinataire, formulé par le journaliste de la TVM.

Que s’est-il passé ? L’incident serait technique. Plein de bonne volonté, l’ingénieur du son essayait de pousser le volume quand Jean Louis Robinson prenait la parole. Ce n’était pas plus audible avec les bruits de fond. Le journaliste de la TVM a très mal géré dans son ensemble ce débat, et c’était encore pire sur l’incident technique. Il a préféré s’en prendre à Jean Louis Robinson pour réfuter la thèse du sabotage : « votre équipe de campagne et la CENIT ont participé à l’organisation de ce débat ». Il aurait suffi de prendre quelques minutes pour qu’un technicien vienne réinstaller le micro.

Le ministre de la Communication n’allait pas laisser passer les accusations sans y répondre. Pour lui, c’est la faute de Jean Louis Robinson, car ce dernier n’arrêtait pas de se balancer sur son siège. Mais il n’y avait pas non plus de grandes gesticulations pour arracher un micro. Le directeur de l’ORTM a trouvé un autre reproche. Le candidat Robinson est arrivé assez tard, juste avant le début de l’émission. Le technicien n’avait pas beaucoup de temps pour installer son micro. Autant d’excuses bidon pour un micro mal branché.

Là où la TVM a été le moins à la hauteur, c’est dans la conduite du débat. Le tour de parole a toujours été le même pour avantager un Rajaonarimampianina qui devait toujours avoir le dernier mot. Le candidat du régime ne se privait pas d’attaquer son adversaire dans le dernier message adressé aux Malgaches. Les animateurs n’intervenaient pas quand les échanges partaient dans tous les sens. En réalité, ce n’était pas réellement un débat, mais deux candidats qui répondaient aux mêmes questions. Heureusement qu’il y avait quelques chamailleries et les instants humoristiques du Dr Robinson.