Vendredi , 16 novembre 2018
enfrit
Il suffirait de le dire et de le répéter pour que cela se réalise, le souhait autoréalisateur a été utilisé avec succès par Andry Rajoelina dès début 2009 pour s’accaparer le pouvoir. L’ancien maire d’Antananarivo ne connaît pas le même succès avec sa stratégie de communication dans le cadre des négociations politiques. Sa position d’avancer derrière la protection de la France ne lui a pas pour l’instant ouvert la voie vers la sortie de crise et la reconnaissance internationale comme il le souhaite.

Difficile accord à Pretoria, le souhait autoréalisateur de Andry Rajoelina non exaucé

C’est un peu la désillusion pour Andry Rajoelina qui ne comprend pas pourquoi les autres chefs de file de mouvance, à commencer par le président évincé Marc Ravalomanana, ne signent pas les yeux fermés le protocole d’accord proposé par la France avec l’aval de l’Afrique du sud. « J’avais pensé que les autres feront preuve de tolérance et de sagesse », se lamente-t-il. Et pourtant, la communication et la propagande autour de cet accord « secret » vont bon train.

Ce serait un consensus parfait, du moins pour Andry Rajoelina qui pourra maîtriser le reste de la transition et le passage vers la 4ème République en tant que président de la République. Il ne faut pas chercher dans ce document une quelconque égalité de chance entre les deux grands protagonistes de la crise qui ne seront pas départagés par la voix des urnes.

Les médias de propagande de la HAT crient au scandale et dénoncent une présumée volte-face de Marc Ravalomanana et des autres mouvances. Ils affirment que « l’accord avait déjà été accepté par tous ». L’on sait que le texte reprend les grandes lignes des résolutions de l’atelier du consensus élargi de la mouvance Rajoelina et revendiquerait un héritage non naturel de la charte de Maputo.
Malheureusement pour la HAT, les autres chefs de file de mouvance refusent de signer à blanc. Même Marc Ravalomanana ne paraît pas au courant de ce qu’il est censé avoir accepté. Du moins, le président évincé n’y fait jamais référence. L’implication de la France est même un handicap plutôt qu’un avantage pour la HAT qui relance la Françafrique à Madagascar.

Andry Rajoelina est obligé de répéter qu’il a fait le déplacement en Afrique du sud juste pour signer l’accord français. Il trouve scandaleux que les autres mouvances veulent encore négocier. « Il y en a qui veulent nous faire perdre du temps, d’autres ne souhaitent pas trouver une solution », condamne-t-il. Or, c’est bien la HAT qui a besoin de la signature des autres, pressée par une armée impatiente et une population lassée par la crise.

Devant cette obligation de passer sur la table de négociation, Andry Rajoelina fait une nouvelle fuite en avant et parle avant l’heure de l’échec du rendez-vous de la dernière chance à Pretoria. Malgré tout, il compte toujours former un gouvernement d’union nationale avec les autres mouvances. Les chefs de file refusent d’entrer dans un plan fait visant à légitimer l’autorité de fait et annoncent l’exclusion de facto de ceux qui seraient tentés par le débauchage politique de la HAT.

La crise concerne tout le monde, mais c’est la HAT et Andry Rajoelina qui sont empêtrés dans un gros problème et cherchent désespérément une solution. Contestée à l’intérieur du pays, non reconnue sur le plan international, l’autorité de fait refuse encore un compromis en restituant une partie du pouvoir qu’elle a gagné suite à un coup d’Etat militaro-civil. L’enjeu est maintenant de se maintenir au pouvoir sans mettre les adversaires en bonne position. Cela commence par la mise à l’écart du président évincé qui doit être empêché par tous les moyens de participer à la prochaine élection présidentielle.